Social Anthropology - Robots, AI & Society

mardi 18 décembre 2012

City Game - Jeux vidéo multi-joueurs et espace public


Atlantic2.0 et Stereolux organisent à Nantes en février prochain un challenge créatif de 54 heures sur les nouvelles formes de jeu multijoueur dans l'espace public. Ils recrutent en ce moment des participants : game designers, développeurs, graphistes, designers... 

Toutes les informations sont sur le site : http://www.city-game.fr.

dimanche 9 décembre 2012

International Environmental Negotiations

Innovations from research, simulation, game and practice? 
lundi 17 décembre 2012 
A workshop organized by IDDRI with the support of Sciences Po and the Région Ile-de-France (réseau R2DS) 
[Sur invitation]

Following the disappointment over the 2009 Copenhagen negotiations, Sciences Po, in partnership with IDDRI decided to ‘rewind time’ and organised in June 2011 the re-enactment of the negotiation « Copenhague : et si ça s’était passé autrement ? » (COP RW <<) ("What if Copenhagen had happened differently?"). As the field of international negotiation research seems to have generally maintained simulations in the strict role of pedagogical tools, this large-scale simulation was based upon the hypothesis that it was useful to explore the heuristic potential of such complex simulations for social sciences. Therefore, the experience aimed at identifying how a simulation can contribute to both research and practice of international multilateral negotiations, and whether an innovative research agenda can emerge from this type of simulation, thus enabling new bridges between simulations and research. 

Building on this experience, IDDRI organises a workshop to identify new questions for research on simulation practice and negotiation. 

The workshop will gather participants from research and academia, negotiation practice, and observers of the COP RW or other simulations from other perspectives (sociology of science, art, etc.). 

It aims at: 
confronting hypotheses on the relevance of materials of the simulation for international negotiations with other perspectives of research, and particularly with the questions raised by sociology of sciences; 
questioning the heuristic role that simulation games could play in the dialogue between theory, practice and education, and between disciplines; 
reflecting upon what should be observed during complex negotiation processes and the corresponding observation methodology; 
identifying a research agenda for simulation and negotiation research.

Programme : http://www.iddri.org

L’Homme augmenté : État des lieux et perspectives critiques

Colloque 
Vendredi 14 décembre 2012
Institut des Sciences de la Communication du CNRS
20, rue Berbier du Mets 75013 PARIS
à partir de 9h
Inscription obligatoire (dans la limite des places disponibles) : colloqueHA2012@iscc.cnrs.fr

L'Institut des sciences de la communication du CNRS (ISCC) et le Défi « Insuffisance Perceptive et suppléance personnalisée » (DEFI-SENS) de la Mission pour l'interdisciplinarité du CNRS organisent le vendredi 14 décembre 2012 un colloque sur « L'humain augmenté. État des lieux et perspectives critiques. Perception et représentation de l'humain réparé ou augmenté par hybridation technologique». 

L'objectif de ce colloque est d'analyser et de mettre en perspective le concept d'humain augmenté qui caractérise une utilisation de dispositifs technologiques, souvent embarqués ou implantés, pour accroître les capacités motrices, cognitives, sensorielles, la longévité, etc. de l'être humain. En majorité issus des travaux de la médecine supplétive, ces dispositifs ont aujourd'hui quitté le domaine du soin pour viser à une amélioration de l'individu qui se voit ainsi réduit à un ensemble de fonctions. 

Parallèlement, des discours sur un possible dépassement de l'humanité par la technique se développent et sont largement relayés dans les médias et l'opinion publique comme un horizon souhaitable, voire pour certains, inéluctable de l'avenir de l'espèce humaine. 

Si l'augmentation est aussi ancienne que le premier outil réalisé par la main de l'homme, la prégnance des techniques sur l'époque contemporaine conduit à une accélération de la machinisation de l'humain. Alors que dans le même temps, il existe une réflexion sur cette thématique qui n'est pas suffisamment audible. Ce colloque a pour ambition de réunir, de structurer et de donner une visibilité à la communauté de recherche qui travaille sur cette question dans les domaines des sciences cognitives, des sciences de la communication et des sciences humaines et sociales. Il a vocation à faire émerger des problématiques et des projets amenés à être poursuivis dans les prochaines années en élargissant encore l'éventail disciplinaire.

Plus d'informations : http://www.iscc.cnrs.fr/spip.php?article1668

PROGRAMME

9h-10h
OUVERTURE DU COLLOQUE
Par Dominique WOLTON, directeur de l’ISCC
Présentation MI-DEFI-SENS par Pascal SOMMER, coordinateur du DEFI-SENS
Introduction scientifique par Jacques PERRIAULT, conseiller scientifique à l’ISCC


10h-11h40 : Table ronde no 1
CULTURES, INVARIANTS ET REPRÉSENTATIONS COLLECTIVES DE L’HUMAIN AUGMENTÉ
Introduction par Stamatios TZITZIS, Institut d’histoire du droit, Université Paris 2
François DINGREMONT, Laboratoire d’anthropologie et histoire des mondes antiques, CNRS-EHESS
Augmentation humaine dans la Grèce antique : charis et tekhnè
Carole HOFFMANN, Laboratoire de recherche en audiovisuel, Université Toulouse 2
Corps prothésé, corps hybridé : du réseau à la peau du monde
Sylvie ALLOUCHE, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, CNRS-ENS-Université Paris 1, University of Bristol
Amplifications sensorielles : arts, sciences et fictions
Discussion
Conclusion par Jean-Michel BESNIER, Centre de recherche en épistémologie appliquée, CNRS-École Polytechnique
11H40-12H
RESTITUTION DU GROUPE DE TRAVAIL « INTÉGRATION CORPORELLE DE LA TECHNIQUE »
Par Marina MAESTRUTTI, Centre d’études des techniques des connaissances et des pratiques, Université Paris 1

Déjeuner

13h-15h : Table ronde no 2
INTÉGRATION CORPORELLE ET COGNITIVE DES SUPPLÉANCES TECHNOLOGIQUES
Introduction par Jean-Louis VERCHER, Institut des sciences du mouvement, CNRS-Université Aix-Marseille
Barthélémy DURRIVE, Centre d’études en rhétorique, philosophie et histoire des idées, ENS Lyon
Fonctionnement, usage et perception d’un corps sans mode d’emploi
Clémence MARTIN, Laboratoire d’éco-anthropologie et ethnobiologie, MNHN-CNRS
Augmenté, dilaté, rétracté : quand le corps éprouve des difficultés à « s’auto-greffer » des technologies complexes
Éric BRANGIER, Laboratoire InterPsy, ETIC, Université de Lorraine-Metz
Trois dimensions psychologiques associées à la symbiose de l’homme et de la machine
Maxime DERIAN, Centre d’études des techniques des connaissances et des pratiques, Université Paris 1
Dispositifs implantés ou détachables : Une comparaison anthropologique
Discussion
Conclusion par Jean LORENCEAU, Relais d’information sur les sciences de la cognition, CNRS-ENS-Université Paris 5 et Benoît LE BLANC, École nationale supérieure de cognitique de Bordeaux

Pause

15h15-17h15 : Table ronde no 3
ENJEUX IDENTITAIRES, NORMATIFS, ÉTHIQUES ET SOCIÉTAUX
Introduction par Xanthie VLACHOPOULOU, Laboratoire de psychologie clinique et de psychopathologie, Université Paris 5
Benoît WALTHER, Association de personnes concernées par des malformations congénitales de membre
Appareiller un membre absent à la naissance : fonction de la prothèse
Joffrey BECKER, Laboratoire d’anthropologie sociale, CNRS-EHESS
La mécanisation du lien social
Thierry JANDROK, laboratoire Subjectivité, lien social et modernité, Université de Strasbourg
Dispositifs prothétiques : intégration et conflits
Jean-Paul CALLÈDE, Groupe d’étude des méthodes de l’analyse sociologique de la Sorbonne, CNRS-Université Paris 4
Les sportifs bioniques : entre logique réparatrice et tentation transgressive
Discussion
Conclusion par Colin SCHMIDT, laboratoire Arts et Métiers ParisTech d’Angers, ENSAM-Paristech et Bernard ANDRIEU, Faculté du sport, Université de Nancy


17h15-18h
CONCLUSION, SYNTHÈSE ET PERSPECTIVES
Synthèse et Perspectives par Jean GAYON, Institut d’histoire et de philosophie des sciences et des techniques, CNRS-ENS-Université Paris 1
Conclusion par Sandra LAUGIER, Institut des sciences humaines et sociales du CNRS 

jeudi 6 décembre 2012

Berenson, Un robot au musée


Le film que j'ai réalisé avec Denis Vidal, "Berenson, Un robot au musée", sera projeté dans le cadre des journées d'étude "La marionette : Objet d'histoire, œuvre d'art, objet de civilisation ?", organisées par Thierry Dufrêne, Raphaèle Fleury et Joël Huthwohl, ce vendredi 7 décembre, à la Bibliothèque nationale de France site Richelieu.

vendredi 9 novembre 2012

Danses de précision

D/ÉCRIRE LE CONTEMPORAIN
édité par l'ESADHaR
2012

"Simon Ripoll-Hurier et Joffrey Becker ont participé à l'année pilote du Programme d'expérimentation en arts et politique (SPEAP), fondé à Sciences-Po Paris en 2010 par Bruno Latour. Ce programme réunit des artistes et des chercheurs autour d'objets d'étude précis et donne lieu à de multiples collaborations interdisciplinaires, redistribuant les notions d'œuvres et d'enquête. Simon Ripoll-Hurier et Joffrey Becker tentent ici de faire dialoguer leurs pratiques respectives, de dégager des points de connexion et des porosités."

Sommaire
A/ La mélodie de Broadway
par Simon Ripoll-Hurier
B/ La modernité tapie dans une vallée
par Joffrey Becker

Conception et réalisation : Marie Dirson
Avec Fabrice Bourlez, Sébastien Montero et Yann Owens

D/Écrire le contemporain
On peut épingler le présent par bien des appellations :
"Nouveaux réactionnaires", "sociétés de contrôle", "crises économiques", "révolutions technologiques", "triomphe des images", "avènement du virtuel", "société de la dématérialisation", "glocal", "nouveaux réseaux sociaux"... Si ces manières de dire peuvent séduire, indiquent-elles pour autant aux artistes, aux théoriciens, aux plasticiens, aux penseurs, ce qu'est leur époque ? Comment les créateurs d'aujourd'hui pensent-ils "le contemporain" ? Que signifie-t-il pour eux ? Et, surtout, leur importe-t-il de le rester ? Depuis 2011, D/Écrire le contemporain recueille une série d'interventions autour de ces questions proposées aux étudiant de l'ESADHaR.

vendredi 26 octobre 2012

Définir / devenir une image d'archives

Définir / Devenir une image d’archives, Defining / Becoming An Archival Image, colloque International
Université Libre de Bruxelles
Campus du Solbosch, Bibliothèque des Sciences Humaines, Salle NB 2VIS
14-16 novembre 2012

L’objectif de ce colloque est d’interroger la notion d’images d’archives, et plus précisément, d’identifier les processus – stratégies, médiations, enjeux et objectifs – qui concourent à conférer à l’image le statut d’archive. Qu’est-ce qui fait qu’une image devient document d’archives, et son corollaire, qu’est-ce qui fait que certaines images échappent à cette qualification ? Deux axes nous apparaissent prioritaires : d’une part la nécessaire généalogie du savoir sur la notion d’archives, sur les enjeux et débats qui ont traversé cette problématique constitutive de la naissance de la photographie et du cinéma. D’autre part, nous voulons aborder le devenir archivistique de l’image dans une perspective qui questionne et croise les pratiques de la « prise », de l’archivage, et de la « reprise » (réemploi, citation, détournement…) au sein de champs à la fois complémentaires et distincts : cinéma, télévision, arts plastiques, marketing, historiographie, muséographie… 

PROGRAMME

Mercredi 14 novembre 2012
14h30 : Accueil
15h-15h45 – Introduction par Vincent Lowy (UDL), Julie Maeck (FNRS/ULB) et Matthias Steinle (Paris 3)
Section 1. L’image d’archives à la croisée des disciplines
Modérateur : Pierre Sorlin (Paris 3 - Istituto Parri-Emilia Romagna de Bologne)
15h45-16h30 – François Niney (Paris 3) : Que documente une image d’archives ? Valeur documentaire des prises de vues d’hier
16h30-17h15 – Laurent Véray (Paris 3) : Les images d’archives face à l’histoire
17h15-18h – Gil Bartholeyns (Lille 3) : L’ordre des images : de l’Art à l’archive
18h-18h30 – Discussion
19h: Performances proposées par l’Ecole des Arts Politiques de Sciences Po Paris et introduites par Valérie Pihet.
"NORMANDIE" Emilia Chamone, Myriam Lefkowitz, Samuel Garcia
"LE CALCUL" Save as Draft : Sandrine Teixido, Simon Ripoll-Hurier, Axel Meunier, Aurélien Gamboni, Joffrey Becker
20h30 : Cocktail dînatoire à la Maison des Arts de l’ULB

Jeudi 15 novembre 2012
9h : Accueil
Section 2.  La photographie comme archive du monde
Modératrice : Danielle Leenaerts (ULB)
9h30-10h – Eléonore Challine et Laureline Meizel(Paris 1) : Léon Vidal et la pensée de la photographie comme archive (1876-1906)
10h-10h30 – Nathan Réra (Université d’Aix-Marseille) : Rwanda, de la presse au musée : les métamorphoses de la photographie
10h30-11h – Discussion
11h-11h30 – Pause café
Section 3. Fortunes terminologiques
Modératrice : Irene di Jorio (ULB)
11h30-12h – Bénédicte Grailles et Patrice Marcilloux(Université d’Angers) : Images archivées, images d’archives : fortune terminologique et différenciations
12h-12h30 – Christa Blümlinger (Paris 8) : Questions de hors champ. Entre « document » et « monument »
12h30-13h – Discussion
13h-14h30 – Déjeuner (ULB)
Section 4. Cinéma : prises et reprises
Modératrice : Christa Blümlinger (Paris 8)
14h30-15h – Chris Wahl (HFF Potsdam Babelsberg) :  La preuve de mémoire – Images d’archives et ralenti
15h-15h30 – Franziska Heller(Université de Zurich) : L’image d’archives à l’ère du numérique : entre fantasme populaire et fonction commerciale
15h30-16h – Sylvie Rollet et Michèle Lagny (Paris 3) :  Archives et imagerie ou l’invention de la tradition
16h-16h30 – Discussion
16h30-17h – Pause café
17h-18h – Conférence de Sylvie Lindeperg (Paris 1) : La voie des images : entre valeur documentaire et puissance spectrale
20h – Dîner

Vendredi 16 novembre 2012
Groupe de contact FNRS – Images et histoire : production, circulation et communication.
9h - Accueil
Section 5.  25 images d’archives par seconde
Modérateur : Axel Tixhon (FUNDP)
9h30-10h – Jean-Stéphane Carnel (Grenoble 2): Quand les images d’archives sont nombreuses, mais discrètes. L’exemple des images d’archives dans les JT
10h-10h30 – Anne Roekens (FUNDP) : Vers une archéologie des images-archives : l’exemple de la « grande grève » en Belgique (1960-1961)
10h30-11h – Discussion
11h-11h30 – Pause
Section 6. Retour sur l’iconographie coloniale
Modératrice : Florence Gillet (CEGES)
11h30-12h – Maria Fernanda Troya (Université San Francisco de Quito /EHESS) : Pour une deuxième « rencontre ethnographique », autour des images de Paul Rivet sur les Kichwas d’Equateur
12h-12h30 – Teresa Castro (Paris 3) :  Revenances et hantises du passé colonial portugais : une histoire d’archives
12h30-13h – Discussion
13h-14h30 – Déjeuner (ULB)
Section 7. Questionnements contemporains
Modérateur : Vincent Lowy (UDL)
14h30-15h – Estelle Blaschke (Institut Max Planck Berlin) :  Image Recycling :  The economic potential of archiving
15h-15h30 – Nathalie Boulouch (Rennes 2) : L’archive : mise en boîte, mise en œuvre
15h30-16h – Discussion
16h – Conclusions du colloque par Pierre Sorlin (Paris 3 - Istituto Parri-Emilia Romagna de Bologne)

Comité d’organisation
Irene di Jorio (ULB), Vincent Lowy (UDL), Julie Maeck (FNRS/ULB), Valérie Pihet (Sciences Po Paris), Matthias Steinle (Paris 3) et Axel Tixhon (FUNDP).

Comité scientifique
Christian Bonah (UDS), Thomas Elsaesser (Université d’Amsterdam), Danielle Leenaerts (ULB), Sylvie Lindeperg (Paris 1), Pierre Sorlin (Paris 3 / Istituto Parri-Emilia Romagna de Bologne), Jacques Walter (UDL).

mardi 23 octobre 2012

Arts de la guerre ? (suite)

Pal Sujan, Exposition Landes - Kriegfürsorge, 1917

L'exposition 1917 qui s'est tenue tout au long de l'été au Centre Pompidou de Metz inaugure le prochain centenaire de la première guerre mondiale. Exposition dense, associant les militaria à la peinture, la sculpture aux prothèses, les arts, les sciences et les techniques, pour montrer aux visiteurs toute la complexité de la seule année 1917, on y trouve également quelques éléments invitant à réfléchir à la radicalisation de la représentation moderne de l'Homme mécanique et, par conséquent, au contexte qui verra naitre le terme robot au tout début des années 1920. 

Jusqu'alors, la représentation de l'Homme-machine tenait de l'objet merveilleux, représentation divertissante d'un corps animal ou humain illustrant des connaissances longuement acquises. Mais avec la guerre, cette représentation va prendre directement corps. Les corps sont désormais équipés, appareillés, augmentés de pièces d'artillerie, de transmetteurs radio, de lances-flammes, d'avions, de chars et de masques pour résister à la violence extrême des combats et s'engager mécaniquement dans l'assaut. "Ce sont les mêmes gestes aux mêmes endroits, écrira ainsi Fernand Léger dans une lettre adressée à Louis Poughon en 1915, c'est une mécanisation, dont toute émotion est exclue" ; un cycle implacablement recommencé, qu'illustrera Otto Dix dans Der Krieg plus d'une dizaine d'année après la fin des combats.

Henri Montassier, L'Heure a découvert la machine à finir la guerre, 1917
Cette guerre, ajoute Léger, est aussi un laboratoire des limites de l'expérience du corps humain. Augmentation, résistance, transformation, mutilation, réparation, résilience, la guerre exige beaucoup des corps qu'elle mobilise. Elle exige également beaucoup des sociétés qui s'y sont engagées, en mécanisant les corps sur les lignes de production d'armement, et la représentation artistique elle-même. La mise en pièce du corps a en réalité débuté un peu plus tôt dans la peinture d'avant-garde. Mais la guerre est l'occasion d'une conjonction bien réelle entre le monde humain et celui des machines, qui fera jusqu'à sortir le cubisme de son cadre comme le note encore Léger observant Verdun. À la mécanisation des corps, s'ajoute une vitalisation des machines. Dans le monde mort du front, un avion allié devient un papillon, un mortier une grand-mère. Dans l'image, le mythe d'un corps artificiel s'illustre avec Voici la fille née sans mère de Francis Picabia (1916-1917), celui de la statue animée est évoqué par les mannequins chez De Chirico. Les allers et retours entre mécanomorphisme et anthropomorphisme traversent également le dessin de presse, la caricature, le théâtre ou la littérature.

Luc By, Le rêve de l'inventeur, 1917
Cette confusion du corps et de la machine se constitue en réalité de manière doublement paradoxale, non seulement à travers une opposition entre la mécanisation des corps et la vitalisation des machines, mais également entre la satire et la glorification. Le corps-machine moderne devient un but que l'art (la peinture mais aussi le théâtre ou la danse) doit par exemple permettre d'atteindre. Marinetti, dans le Manifeste de la danse futuriste (1917) affirmera ainsi "[qu']il faut imiter le geste, les mouvements des moteurs, faire une cour assidue aux volants, aux pistons, préparer la fusion de l'homme et de la machine et arriver ainsi au métallisme de la danse futuriste." Avec L'esprit de notre temps (tête mécanique) en 1919, puis dans un texte de 1921 appelé Économie de prothèses, Raoul Hausmann formulera une critique très vive de la pensée mécaniste dominante. Cette critique est également palpable dans l'œuvre d'Otto Dix à la même période. Les humains s'y réparent jusqu'à l'absurde. Dans un contexte qui a alors gardé de la guerre un très vif intérêt pour la production industrielle en série et le synchronisme du travail à la chaîne, le corps-machine forme la condition préalable d'une utopie mais aussi d'une dystopie.

On peut imaginer en quoi l'anthropologie qui se dessine, à la suite de cette première guerre moderne, trouve dans nos inquiétudes contemporaines un écho bien familier. La technologie, dans son rapport au corps, y occupe à la fois un rôle salutaire et une menace. Au moment où nombre de chercheurs s'interrogent sur ce que la technologie fera de l'humain, en nous augmentant au risque que nous perdions notre humanité, le souvenir de la Grande Guerre n'aura sans doute pas fini de nous opposer ses fantômes.

Pour aller plus loin : 
Livres : Claire Garnier, Laurent Le Bon, 2012, 1917, Centre Pompidou - Metz - sur Amazon.fr
Les cahiers du Musée d'art moderne - Hors série, 1990, Fernand Léger - Une correspondance de guerre, Centre Georges Pompidou