Social Anthropology - Robots, AI & Society

mardi 27 mai 2014

Modélisation, construction et imitation des processus vitaux. Approche pluridisciplinaire du biomimétisme.


Modélisation, construction et imitation des processus vitaux.
Approche pluridisciplinaire du biomimétisme.

Journées d’étude 10-11 juin 2014, 9h30-18h30
Collège de France, Amphithéâtre Lévi-Strauss
52 rue du Cardinal Lemoine, Paris 5e

Organisation
Anne Dalsuet, Bérengère Hurand & Perig Pitrou

Entrée libre, dans la limite des places disponibles.
Réservation obligatoire avant le 4 juin :

provost.fabien@gmail.com

Au moment où nous prenons conscience des conséquences potentiellement catastrophiques de nos activités sur les écosystèmes, se multiplient les discours valorisant le biomimétisme comme un moyen pour sortir de la crise écologique, changeant le paradigme productiviste associé à la représentation du progrès pendant plusieurs siècles. L’idée que les humains devraient s’attacher à imiter la nature devient courante, que ce soit pour fabriquer des artefacts possédant des qualités spécifiques (résistance, ergonomie, etc.) ou pour agir au niveau des systèmes de relations entre les êtres : par-delà l’inspiration recherchée dans les processus naturels, le biomimétisme est aussi conçu comme une manière d’élaborer des techniques plus respectueuses de l’environnement, ouvrant des perspectives nouvelles pour la science ou pour l’innovation industrielle. On comprend dès lors le pouvoir d’attraction qu’un tel projet exerce sur les différents praticiens cherchant à façonner de nouvelles formes et à créer des écosystèmes.

Dans un tel contexte d’innovation et d’effervescence, il est étonnant de constater que les sciences humaines et la philosophie se sont encore peu intéressées à ce champ de la pratique et du savoir dont le potentiel de modification des conditions de vie est pourtant immense. Le plus souvent, Biomimicry : Innovation Inspired by Nature (1997) fait office de texte de référence, alors même que pour Janine Beynus cet ouvrage visait davantage à faire connaître au plus grand nombre de nouvelles expériences qu’à proposer une réflexion épistémologique systématique et approfondie. Une fois rappelées quelques inventions phares, telles que le velcro ou le train reprenant la forme du martin pêcheur, et les trois niveaux – les formes, les matières/structures, les systèmes – où se manifeste le biomimétisme, toute une série de problèmes demandent encore à être traités. En effet, le biomimétisme, si sensible à l’idée d’innovation, n’est peut-être pas aussi opposé à la biologie de synthèse qu’il le prétend. Qu’est-ce qu’imiter ? Est-ce s’inscrire en continuité ou en discontinuité avec ce qui sert de modèle ? Le projet est-il thaumaturgique, renvoie-t-il à un geste de domestication, d’appropriation, voire de fabrication du vivant, ou bien requiert-il une posture d’humilité de la part de celui qui imite cherchant à insérer son action dans des processus plus vastes à l’œuvre dans la nature ? Une réflexion critique serait donc la bienvenue pour mieux déterminer le statut du biomimétisme, son champ d’application, les concepts et les méthodes qu’il mobilise.

L’objectif de ces journées d’étude est d’offrir un espace pour amorcer cette réflexion. Il est proposé à des chercheurs et des spécialistes provenant d’horizon divers, de partir d’études de cas et d’interroger les conceptions de la vie sous-jacentes à l’imitation de certains processus naturels. Plutôt que de limiter l’approche à la seule étude des inventions contemporaines réalisées dans les laboratoires des pays occidentaux, des contributions s’appuyant sur les disciplines anthropologiques et historiques montreront comment la question de l’imitation de la nature varie dans le temps et dans l’espace.

On s’intéressera en particulier aux conceptions de la vie qui se manifestent en modélisant le réel, en construisant de nouveaux existants ou d’autres systèmes de relations. On qualifiera de « biomimétique » une fabrication visant à copier un être ou un fonctionnement « naturel », créant ainsi une sorte de seconde nature, mais également l’inscription de cette fabrication au sein des processus observés dans la nature. Parmi la multiplicité des processus vitaux (reproduction, croissance, interaction avec l’environnement, etc.), quels sont ceux que le biomimétisme privilégie au niveau de l’individu ou du système ? Dans La pensée sauvage, Lévi-Strauss explique comment, par-delà le plaisir esthétique qu’ils procurent, les modèles réduits offrent aux humains la satisfaction de comprendre la logique qui préside à leur fabrication. Semblablement, réfléchir à la manière dont la modélisation de la vie – sous une forme réduite, mais aussi par le biais de procédures d’agrandissement – permet aux humains de mieux comprendre les ressorts des processus vitaux, en les représentant ou les reconstruisant, constitue un véritable intérêt. L’enjeu est en somme de se demander ce que signifie le bio- de biomimétisme afin de déterminer les conceptions de la vie associées à son usage en tant que méthode d’observation et de transformation du réel. En établissant un dialogue interdisciplinaire et comparatiste, il s’agira d’étudier de façon systématique la complémentarité – ou les éventuelles incompatibilités de ces conceptions – en prêtant par exemple attention aux problèmes soulevés par les changements d’échelle ou les rapports entre individus et systèmes.


PROGRAMME

10 juin 2014
9h15 Accueil
9h45 Perig Pitrou (CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale) : L’imitation de la vie dans une perspective anthropologique
10h15 Anne Dalsuet (Académie de Créteil) : Le biomimétisme : une refondation éthique de l'épistémologie ? Réflexions critiques à partir de Biomimicry, Innovation inspired by Nature
10h55-11h10 Pause
11h10 Gilles Boeuf  (Collège de France, Muséum national d’histoire naturelle) : Tirer parti de la biodiversité pour de la bio-inspiration
11h50 Gauthier Chapelle (Biomimicry Europa) : Le biomimétisme comme une approche pour nous réinsérer dans la biosphère, un point de vue de la société civile
12h30 Discussion 
13h10-14h30 Buffet
14h30 Philippe Descola (Collège de France, Laboratoire d’anthropologie sociale) : Le jardin comme imitation d'un écosystème
15h10 Nathalie Blanc (CNRS, LADYSS) : De la séparation nature/culture au biomimétisme : un rapport à la nature revu et corrigé ?
15h50-16h10 Pause
16h10 Julien Delord (ERRAPHIS) : De Lascaux 2 à Biosphère 2 : analyse des échecs de l'éco-mimétisme
16h50 Doyle McKey (Université Montpellier 2, Centre d'Ecologie Fonctionnelle et Evolutive, et Institut Universitaire de France) : Do farmers use, and imitate, self-organizing resource-concentration mechanisms driven by non-human engineers in constraining environments ? Biocultural landscapes and biomimicry at the ecosystem level
17h30-18h30 Discussion

11 juin 2014
9h30 Accueil
9h45 Dimitri Karadimas (CNRS, Laboratoire d’anthropologie sociale) : Biomimétisme ou biomorphisme ? Imiter ou reconnaître le vivant dans la création des animaux imaginaires
10h25 Jessica Riskin (Stanford University) : L’Horloge inquiète
11h05-11h20 Pause
11h20 Joffrey Becker (EHESS, Artmap) : Engrenages : À propos de l'imitation robotique de la nature
12h Carole Collet (University of the Arts London) : The Biological Advantage
12h40 Discussion
13h10-14h40 Pause
14h40 Marc Fontecave (Collège de France) : Chimie bioinspirée : Le vivant au service des nouvelles technologies de l’énergie
15h20 Philippe Rahm (architecte EPFL/FAS, dircteur de l'agence Philippe Rahm architectes à Paris et Professeur invité à l'Université de Harvard, USA) : L’architecture comme une forme augmentée de la thermogenèse
16h-16h20 Pause
16h20 Bérengère Hurand (Académie de Paris) : La nature peut-elle inspirer l’économie ?
17h-18h Discussion
18h Cocktail de clôture

samedi 5 avril 2014

Appel à candidatures : Programme d'Expérimentation en Arts et Politique (SPEAP)

COP 19, Nations Unies, Varsovie, Pologne. 2013 © Armin Linke et Giulia Bruno
Le programme d’expérimentation en arts et politique (SPEAP), fondé en 2010 à Sciences Po, s’inspire des notions clefs d’expérimentation, d’enquête et de représentation pour imaginer des dispositifs qui combinent les sciences sociales, les arts et le politique. Il s’agit de travailler au renouvellement des formats qui servent à définir la « chose publique », d’où l’expression « d’arts politiques » plutôt que de « sciences politiques ». SPEAP entend poser la question de la « chose publique » par la mise en place d’un espace d’expérimentation en s’inspirant plus particulièrement de la philosophie pragmatique, de la sociologie et de l’histoire des sciences, aussi bien que de l’histoire de l’art. L’originalité de la formation est de faire travailler pendant un an les participants en groupe sur des projets concrets relevant d’enjeux réels. 

SPEAP est un programme destiné à de jeunes professionnels internationaux : chercheurs en sciencessociales, artistes (au sens large, design et architecture inclus) et professionnels issus des milieux culturels et politiques. La maîtrise de l’anglais est requise, ainsi que du français pour les étrangers. 

Pour l’année 2014-2015, SPEAP souhaite se saisir de l’occasion présentée par la tenue à Paris de la conférence climat COP21, en décembre 2015, pour travailler sur les questions, nécessaires et urgentes, de renouvellement des formes du débat et des modes de représentation du problème climatique. Les participants constitueront des équipes pluridisciplinaires qui seront mobilisées autour de commandes suscitées par cet événement mondial. Il n’est pas demandé d’être spécialiste des questions de climat, d’écologie politique ou de géopolitique, ni même d’avoir déjà travaillé sur ces sujets, mais bien d’être prêt à apporter ses compétences et ses méthodes aux projets qui seront tous en lien avec ces questions.

Toutes les infos dans ce pdf : http://blogs.sciences-po.fr/speap/files/2014/02/SPEAP-fre-2.pdf

crédit photo : COP 19, Nations Unies, Varsovie, Pologne. 2013 © Armin Linke et Giulia Bruno ReN_007886_23

jeudi 6 février 2014

À propos des drones...

La robotique est parvenue aujourd'hui à s'imposer dans le domaine de l'action militaire. Cet intérêt pour les robots s'est constitué à partir de recherches autour des moyens d'accroitre l'efficacité au niveau opérationnel dans une économie marquée par la réduction des effectifs, les difficultés liées au paiement des retraites, au soin des blessés ou à la réinsertion. La robotique militaire s'est également constituée autour d'un souci pour l'extension des limites de l'action humaine. Ces machines concourent à robotiser progressivement le champ de bataille mais elles tendent aussi à transformer les représentations de la guerre et du métier de soldat. L'intégration de ces machines s'appuie en réalité sur différentes approches, constituées à partir de problèmes spécifiques. On peut d'emblée distinguer les machines restant sous le contrôle direct d'un opérateur humain des machines autonomes agissant selon leur programme en fonction des informations qu'ils perçoivent dans leur environnement.

Article extrait de la revue Popular Science (Août 1930)
Il a fallu près d'un siècle après les démonstrations de télémécanique d'Édouard Branly et les expérimentations de Max Boucher et Maurice Percheron [1] sur l'aéroplane Detable pour que les avions sans pilote parviennent à s'imposer comme un instrument de guerre de premier ordre. L'apparition de cette technologie et son utilisation systématique en Afghanistan, au Pakistan ou au Yémen au cours de dix dernières années soulève de nombreuses questions et critiques. Les drones militaires imposeraient une nouveauté radicale, allant jusqu'à remettre en cause la notion de guerre en mettant à distance (et en latence) l'opérateur et l'opération, en écrasant les niveaux de prise de décision et les chaînes de compétence, ou en justifiant le ciblage de personnes, par delà les frontières nationales, sans être toujours en mesure de déterminer leur statut de combattant. Cette nouveauté s'inscrirait paradoxalement dans la continuité des pratiques modernes de la guerre. L'usage de cette arme cherche en effet ses connections avec les principes d'une guerre juste, à partir de l'impératif de préserver les combattants nationaux. Au delà des rhétoriques du changement et de la continuité dans l'éthique de la guerre mises en exergue à travers la controverse sur l'usage des drones militaires, ces machines portent aussi les principes d'un effacement progressif des frontières entre le monde civil et le monde militaire [2], ouvrant une fenêtre sur la possibilité d'une guerre open source où à peu près n'importe qui peut être en mesure de fabriquer et d'utiliser de telles technologies. À l'asymétrie induite par l'usage controversé des drones, se laisse entrevoir la possibilité d'une réappropriation non seulement par des combattants irréguliers [3], mais aussi par des membres de la société civile [4].

En réalité, si l'usage des drones télé-opérés pose question, c'est surtout autour de leur autonomie que se cristallisent aujourd'hui les débats. Avec le développement de l'intelligence artificielle il est désormais envisageable de déployer des robots, seuls ou en essaims, dans le cadre d'opérations de surveillance ou de reconnaissance, ou encore d'impliquer directement des machines dans des zones de combat. La conception et l'emploi de telles machines, capables de prendre seules l'initiative d'un tir, repose en des termes encore inédits les questions relatives aux armes frappant sans discrimination [5]. Comment une machine peut-elle faire la différence entre un combattant et un non-combattant à l'endroit même ou un soldat humain n'y parvient pas toujours ? À qui imputer la responsabilité d'un crime de guerre si la machine seule a pris la décision d'ouvrir le feu ? À quelles conditions une telle machine pourrait-elle respecter des règles élémentaires de morale ? À l'heure où aucun mécanisme de responsabilité pénale ne peut être appliqué à ces robots, des chercheurs en intelligence artificielle, en robotique, en droit ou en sciences sociales ont souligné l'urgence d'ouvrir le débat. Regroupés pour certains au sein de l'International Commitee for Robot Arms Control en 2009, ils œuvrent pour une meilleure connaissance des risques associés au développement de l'autonomie des « robots tueurs » et plaident pour leur interdiction auprès des instances internationales [6].

Ces débats récents soulignent l'importance, pour les chercheurs et plus largement pour les membres de la société civile, de s'emparer des nombreuses questions morales et légales que soulèvent l'autonomie des machines de guerre. 

Notes
[1] Percheron publie L'Aviation de Demain, Télémécanique, La direction des avions par TSF en 1921.
[2] Cet effacement des frontières suit de près le développement des technologies issues de la robotique. Fondées principalement sur un bouclage entre senseurs et actionneurs (selon la définition de l'agent idéal donnée par Stuart Russel et Peter Norvig) les technologies embarquées sur les robots militaires diffèrent à peine de celles des robots dits sociaux ou médicaux.
[3] Le Guardian du 17 septembre 2009 rapporte par exemple que des insurgés irakiens auraient intercepté les signaux vidéo non-cryptés de drones transitant par satellite en utilisant un logiciel de piratage de chaînes de télévision à péage ne coutant que 26 dollars.
[4] Les développements récents du drone journalism vont en ce sens.
[5] Comme les mines antipersonnel ou certaines armes classiques régies par la convention d'Ottawa ou la convention sur les armes inhumaines. Les robots létaux autonomes n'entrent pas, pour l'heure, dans les armes ciblées par ces conventions internationales. 
[6] Les débats débuteront à l'Office des Nations Unies à Genève, à partir du 13 mai 2014, dans le cadre de la Convention sur l'interdiction ou la limitation de l'emploi de certaines armes classiques qui peuvent être considérées comme produisant des effets traumatiques excessifs ou comme frappant sans discrimination.

lundi 3 juin 2013

L'ethnologie va vous surprendre ! Deux jours pour explorer le XXIe siècle


Samedi 29 et Dimanche 30 juin 2013
Musée du quai Branly 

Qu’est-ce que la culture, qu’est-ce que l’humain, comment s’organisent et évoluent les sociétés ? 

Le temps d’un week-end, le musée du quai Branly met à l’honneur les travaux de chercheurs, grands noms de l’ethnologie ou jeunes doctorants, autour des questions traitées par l’ethnologie et l’anthropologie, notamment les nouveaux terrains et les manières dont ces disciplines analysent notre propre univers culturel. Au programme : des conférences, des lectures de texte, des projections, des visites. 

Sophie Houdart (CNRS) parlera du collisionneur de particules (CERN) comme cosmogramme moderne ; Elisabeth Claverie (CNRS) évoquera les apparitions de la vierge en Bosnie ; Stéphane Renesson (CNRS) décrira les combats de poissons et de scarabées en Thaïlande ; Denis Vidal (IRD) et Joffrey Becker questionneront le naturalisme à l’épreuve des robots ; Maxime Vanhoenacker traitera de l’importation des rituels indiens dans le scoutisme, Vanessa Manceron (CNRS) étudiera les naturalistes amateurs anglais qui inventorient la biodiversité.

Avec la participation de Julien Bondaz, Emmanuel Grimaud, Marc Lenglet, Lynda Dematteo, Emma Tarlo, Victor a. Stoichita, Bénédicte Champenois Rousseau, Michael Houseman.

Tous les espaces du musée et les activités sont en accès libre.

mercredi 15 mai 2013

Apprentissage collaboratif du robot Berenson (suite)

Week-End Spécial Nuit des Musées
Samedi 18 et Dimanche 19 mai 2013
Et du 25 mai au 2 juin 
Musée du quai Branly

À l'occasion de la 9e Nuit européenne des Musées, le robot Berenson refait une apparition au musée du quai Branly. Il poursuivra également son apprentissage entre le 25 mai et le 2 juin sur le plateau des collections (zone Insulinde). 

Participez à une expérience scientifique et collaborative au sein de nos collections ! Le robot Berenson revient sur le Plateau des collections et prolonge son intrigant apprentissage de l’Esthétique initié avec l’aide des visiteurs du musée du quai Branly au cours de la semaine événementielle "Musée numérique" de Pâques 2012. 

Observez le comportement du robot et interagissez avec lui ! Vous contribuerez ainsi à définir les critères d’appréciations esthétiques de ce robot amateur d’art.

vendredi 19 avril 2013

Humanoïdes, Enquête sur les transformations du corps et des machines


Soutenance de Thèse de Joffrey Becker

Mercredi 24 avril 2013, 9h30 
Musée du quai Branly 
Salle de cours 2 
37, Quai Branly 
75007 Paris 

Avec le début du XXIe siècle, un discours inquiet des relations que nous entretenons avec nos machines a fait son apparition. En permettant d'augmenter notre capacité à agir, la technologie nous ferait courir le risque d'une déshumanisation progressive, à l'endroit même où elle apparaissait constitutive d'une singularisation de l'humain vis-à-vis des autres existants naturels. Elle pose ainsi les bases d'une ambiguïté envers la représentation moderne du corps et de son autonomie, telle qu'elle s'est lentement constituée par référence à la technique et à l'activité mécanique. 

Les robots humanoïdes fournissent un bon exemple de cette ambiguïté. Ces derniers constitueraient un formidable outil pour comprendre le fonctionnement du corps. Mais ils formeraient également la représentation d'une manière de le penser, redéfinissant le cadre des relations entre les sciences, les techniques et la nature, et déplaçant les frontières séparant les corps vivants de leurs imitations mécaniques. Cette relation paradoxale, entre la recherche d'un savoir permettant d'étendre l'expérience du corps humain et une altérité lui étant trop radicalement opposée, fonde ainsi un jeu avec l'image du corps et ses limites. Quelles sont les conditions de ce jeu ? Comment ces images sont-elles conçue ? Comment retiennent-elles notre attention ? Comment réagissons-nous lorsque nous y sommes confrontés ? Et que leur imputons-nous ?  

La notion de performance, malgré les problèmes que soulève sa définition, peut nous aider à aborder ces questions, à la condition toutefois, d'en limiter la portée à une dimension interactionnelle. En effet, en montrant une transformation particulière, constituant autant de représentations composites du corps humain en acte, la performance offre l'occasion d'une réflexion située, renvoyant bien souvent aux conditions d'existence de notre propre corps : une réflexivité, finalement caractéristique de son esthétique, et dont peuvent également relever les machines anthropomorphes. Cette réflexivité encourage à orienter l'enquête sur le caractère situé de l'expérience de la métamorphose, en insistant sur les assemblages particuliers, à la fois humains et matériels, techniques et esthétiques, caractérisant les situations très diverses où les humanoïdes sont produits. 

Ces derniers relèvent en effet de la sphère de la représentation, d'une anthropologie qui rapproche les sciences et les arts à travers l'imitation de la nature. Machines théâtrales, elles s'inscrivent dans l'espace fictionnel de la scène, en figurant des comportements émotionnels à partir de scripts écrits pour elles, en redoublant le paradoxe énoncé par Diderot, en prolongeant le rêve de l'acteur total des théâtres d'avant garde, ou en suscitant, chez le spectateur lui-même, quelque chose des sentiments qu'elles figurent. Elles constituent en cela des outils pour l'expérimentation. Devenant dès lors machines à jouer, à travers les effets d'intelligence qu'ils produisent ou les décisions qu'ils sont parfois en mesure de prendre, les robots nous engagent à chercher dans leurs comportements, et dans les nôtres, les manifestations d'une ressemblance minimale, nécessaire à l'établissement d'une communication. 

Jury : M. Carlo Severi, Directeur d'études à l'EHESS (directeur), Mme Claude Imbert, Professeur à l'ENS (rapporteur), Mme Anne-Christine Taylor, Directeur de recherche au CNRS (rapporteur), M. Denis Vidal, Directeur de recherche à l'IRD

mardi 19 mars 2013

Save as Draft : Climate is what you expect*


26 Mars 2013, à 19h
Utopiana, Av. des Eidguenots 21, 1203 Genève

Utopiana invite à une rencontre avec le collectif Save As Draft, actuellement en résidence. 

De quoi le climat est-il fait, qu’est-ce que le changement climatique et comment peut-on en rendre compte? Quelles sont ses modalités d'existence, ses régimes d'énonciation, quelles sont les réalités des pratiques continuellement renouvelées qui participent à lui donner corps ? 

Cette enquête du collectif Save As Draft, en partenariat avec Utopiana et le Programme Master de recherche CCC de la Haute école d'art et de design – Genève, vise à interroger les représentations du climat et du changement climatique sous ses formes les plus diverses – représentation scientifique, représentation politique, représentation artistique – sans hiérarchie aucune, mais en s'attachant à voir comment chacune tente de faire prise sur une question qui, par essence, est liée à une infinité d'autres problématiques.

À Genève plus qu'ailleurs, où se situe le siège de l'Organisation Mondiale de la Météorologie (OMM) et du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), ainsi qu'une quantité d'autres organismes politiques ou d'ONGs, le changement climatique fait partie du paysage, même s'il ne se rappelle pas souvent à notre souvenir.

Le collectif Save As Draft est composé de chercheurs et d'artistes issus du programme d’expérimentation en arts et politique de Science Po Paris. Il a initié plusieurs projets de performances et d’expositions sur les représentations du changement climatique, et réalisé des interventions (conférences et workshops) à l’Université Paris X, l’Esadhar (Le Havre), la Head (Genève). Dans le cadre d'une série de résidences à Genève organisées par Utopiana en 2013, il mène une enquête qui débouchera sur un événement public à la fin de l'année.

Save as draft est composé de: Joffrey Becker, Aurélien Gamboni, Axel Meunier, Simon Ripoll-Hurier et Sandrine Teixido.