Social Anthropology - Robots, AI & Society

lundi 27 septembre 2010

Vers la fin du handicap ?

Vers la fin du handicap ?
Pratiques sportives, nouveaux enjeux, nouveaux territoires
Edité par Joël Gaillard, Bernard Andrieu 

Le club, l'école sont des micro-sociétés, des endroits de socialisation dans lesquels se réalise l'apprentissage de la relation à l'autre. La personne handicapée est un individu qui occupe une position socialement reconnue comme extérieure, différente voire inférieure par rapport à celle des autres membres de la collectivité. En fait, elle subit un phénomène d'exclusion sociale. Considérant l'ambigüité et l'indétermination dans lesquelles se trouve placée la question de l'intégration des personnes handicapées « entre inclusion souhaitée et pratiquée et exclusion (mise à l'écart), constatée, rédhibitoire » et à partir de nos expériences d'accompagnement sportif, l'ambition de cet ouvrage et de penser une meilleure approche de différentes notions telles que l'exclusion, le territoire. Cet ouvrage se propose d'établir des constats sur la réalité de l'intégration par le sport, à travers les politiques et les dispositifs mis en place pour favoriser ce phénomène. Ce sont ces aspects particuliers pris en compte dans la loi du 11 février 2005 que nous abordons dans une première partie.

La virtualisation des corps aujourd'hui est une nouvelle étape dans la fin du concept de handicap. En devenant hybride, le corps du sujet se libère de la contrainte naturelle en intégrant la communauté des corps métissés. Le concept d'hybride ne se réfère plus au monstre, à l handicapé, à l'infirme car il intègre le fauteuil, la greffe ou la technologie dans le fonctionnement même du corps. Le schéma corporel de l'hybride constitue une expérience propre, efficace et fonctionnelle qui doit être décrite en première personne afin de comprendre les modifications de l'image du corps, de l'estime de soi, des performances du corps hybride. De nouveaux enjeux se dessinent alors, c'est tout l'enjeu de la deuxième partie de cet ouvrage.

Sommaire

Chapitre I : Introduction générale
Patrick GOHET — Le sport : moyen d'autonomie et d'insertion
Bernard ANDRIEU — La fin du handicap ? De la stérilisation à l'hybridation
Joël GAILLARD — Le sport joue-t-il un rôle dans l'insertion des personnes handicapées ?
Henri-Jacques STIKER — Regard social sur les pratiques sportives
David LE BRETON — Le corps comme materia prima
Georges VIGARELLO — De l'orthopédie à la gymnastique

Chapitre II : L'intégration de l'élève handicapé en EPS
Michaël ZICOLA — Corps, éducation physique et situation de handicap
Guillaume LECUIVRE — EPS et handicap, regards historiques
Arnaud LACAILLE — Des dispositifs « ouverts » sur l’établissement scolaire

Chapitre III : Juridiciarisations du handicap
Christian HASSENFRATZ — Le handicap face au droit
Jérôme BERNARD — Droit pénal et perception de la personne handicapée
François BRUNET — Programme « sport santé » en direction des détenus âgés ou en perte d’autonomie
Omar ZANNA — Existe-t-il des douleurs socialisantes ?

Chapitre IV : Les politiques régionales et européennes
Thorsten AFFLERBACH — Intégration des personnes handicapées, activités du Conseil de l’Europe
Jean-Marie SCHLÉRET — L’impulsion de la loi 2005
Valérie ROSSO-DEBORD — La loi du 11 février 2005
Ludovic MARTEL — La prise en compte des personnes handicapées dans les politiques publiques sportives
Aurélie COMETTI — Pratiques sportives associatives et handicaps
Guillaume RICHARD et Gil DENIS — Plateforme d’innovation ouverte et handicap : le projet « Living Lab » de Nancy
Maria BLASCO YAGO — Les politiques sportives espagnoles

Chapitre V : Pratiques sportives, métiers du sport et handicaps
Isabelle QUEVAL — Corps sportif et handicap : corps « naturel », corps « dénaturé », « surnature » du corps
Gilles BUI-XUAN et Jacques MIKULOVIC — Le paradoxe nutritionnel chez les personnes handicapées mentales. Obésité et activités physiques et sportives chez les enfants et les adultes en situation de handicap mental
Roy COMPTE — Le sport comme pratique sociale signifiante pour les personnes handicapées mentales : intégration et citoyenneté en débat
Jean-Philippe VERNAT — Pratique sportive et situation de cécité
François BRUNET, Cédric BLANC, Anne-Catherine MARGOT — Activités motrices et sensorielles des personnes en situation de handicap sévère. De l’isolement à la participation sociale
Dominique LAVISSE — Réduction de la situation de handicap et personnes lourdement handicapées motrices dans le domaine des activités physiques. L’exemple du tir à l’arc
Jacques DE LA TAILLE — Les facteurs de réussite de l’intégration, approche méthodologique

Chapitre VI : Les nouvelles approches
Kevin WARWICK — Robots with Biological Brains and Humans with Part-Machine Brains
Larry DUFFY — Orthopedie, gymnastique, hypodermie : redresser le corps chez Flaubert, Maupassant, Zola.
Pierre ANCET — L’emblématisation du corps handicapé et du corps augmenté
Marianne CLOUTIER — De la greffe et de l’hybridation comme lieu d’interrogation identitaire
Simone ROMAGNOLI — Identité personnelle, corps et changement. De l’intrus à l’hybridation
Biliana VASSILEVA-FOUILHOUX — Mouvement réel / mouvement virtuel : le cas d’un idori
Axel GUÏOUX, Evelyne LASSERRE, Jérôme GOFFETTE — Mobilis Immobile Usages des Nouvelles Technologies, expériences vidéo ludiques et situations de handicap
Simone ROMAGNOLI et Armin KRESSMANN — Amélioration humaine et handicap
Antonio A. CASILLI — Technologies capacitantes et « disability divide ». Enjeux des usages numériques dans les situations de handicap
Denis VIDAL — Anthropologie et nouvelle robotique : la redistribution
Joffrey BECKER — Le robot-chimère : ambigüités et continuités ontologiques chez les humanoïdes
Olivier SIROST — L’imaginaire SF dans les comics : du handicap au corps surnaturé
Judith NICOGOSSIAN — L’évolution du corps humain en cybernétique : plus proche d’un modèle lamarckien?
Mael LE MÉE — Les Organes de Confort de l’Institut Benway

vendredi 17 septembre 2010

Cognition et création : les arts robotiques


J'aurai le plaisir de participer, à partir du 10 novembre, à l'animation du séminaire Cognition et Création aux côtés de Denis Vidal et d'Emmanuel Grimaud. Le séminaire sera consacré cette année aux arts robotiques.

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Cognition et création : les arts robotiques

2e et 4e mercredis du mois de 17 h à 19 h (Musée du quai Branly 75007 Paris, salle 2, inscription préalable obligatoire sur www.quaibranly.fr, rubrique «Étudier et rechercher»), du 10 novembre 2010 au 25 mai 2011. Pas de séance le 23 février 2011.

Le séminaire est consacré au rapport entre anthropologie et robotique et portera plus spécifiquement, cette année, sur les arts robotiques. On date généralement des années 60, avec l’émergence de pratiques artistiques nouvelles, inspirées de la cybernétique, les débuts de l’art robotique. Mais on peut également en trouver toutes sortes de prémisses et des formes plus ou moins alternatives dans d’autres époques comme dans les cultures les plus diverses. Notre objectif, dans ce séminaire, sera d’étudier et d’analyser – souvent en concertation avec des praticiens, aussi bien artistes que roboticiens – certaines des formes prises aujourd’hui par l’art robotique. Ce sera aussi de mettre en relation de tels développements avec d’autres formes d’activité artistique. Ce sera enfin de montrer comment de telles pratiques, qui se situent à la frontière entre l’art, la science et la technologie, permettent souvent de reprendre, dans des termes inédits, les questions traditionnellement posées par l’anthropologie comme par l’histoire de l’art.

mercredi 2 juin 2010

Vers des Robots Ecologiques ?

Bombay, Septembre 2004
Bientôt, Ganapati, le dieu hindou à tête d'éléphant, prendra la forme d'une machine et absorbera dans son ventre toutes les infortunes du monde
Emmanuel Grimaud, Cosmic City, 2008

L'introduction du très bon film que l'anthropologue Emmanuel Grimaud consacre aux automates religieux de Bombay, soulève un problème qui dépasse le seul sujet du film. Il m'est souvent arrivé de penser que les robots ont, en quelque sorte, la capacité de renouveler d'anciennes préoccupations religieuses, touchant notamment au rachat des erreurs humaines. Ces préoccupations trouveront ici une résonance un peu particulière. On ne les abordera pas de front, ni en termes religieux d'ailleurs, mais plutôt en évoquant des problèmes de digestion artificielle et d'écologie...




Les amateurs d'histoire des automates savent que la reproduction mécanique des fonctions digestives a fait la renommée d'un ingénieux homme de l'art du XVIIIème siècle, Jacques Vaucanson. Son canard digérateur fît en effet sensation. Il continue par ailleurs de susciter un débat quant à son fonctionnement réel. L'objet, aujourd'hui disparu, devait en fait imiter le comportement alimentaire d'un canard. Il devait prendre le grain de son bec, l'ingérer et, par un mystérieux mécanisme dont Vaucanson seul connût le secret, le digérer avant d'excréter une substance pâteuse, réduction du grain par le biais des processus chimiques de dissolution que l'ingénieur voulût précisément illustrer à travers sa machine.

Cet objet reste une curiosité fameuse, mais sa fonction continue d'intéresser les roboticiens, moins du fait du processus qu'il s'agît d'illustrer (et que l'on connaît bien aujourd'hui), que par l'intérêt de pouvoir utiliser des déchets afin d'en faire de l'énergie (la biomasse), et donc d'offrir à un robot de nouvelles perspectives quant à son autonomie. C'est à ce titre, par exemple, qu'est né le projet Ecobot.




On est certes encore loin d'un temps où les robots seraient capables de chercher à contenter eux-mêmes leur faim. Mais l'on peut, pour une fois, se projeter dans un proche avenir, et rêver que des machines d'un genre nouveau puissent nous aider à recycler la masse considérable de déchets que nous produisons chaque jour sans en produire eux-mêmes. Ce serait là une perspective pour le moins intéressante, à l'heure où les rapports des technologies "intelligentes" et de l'environnement apportent autant de nouveaux problèmes que de nouvelles solutions.


Pour aller plus loin :
Bug-Eating Robots Use Flies for Fuel - sur National Geographic
As e-waste mountains soar, UN urges smart technologies to protect health - sur UN News Centre
Livre : Emmanuel Grimmaud, 2008, Dieux et Robots, Les Théâtres d'Automates Divins de Bombay + Cosmic City (DVD), L'archange Minotaure - sur Amazon.fr

vendredi 21 mai 2010

Knit-O-Matic

La semaine dernière, j'ai assisté à un séminaire de robotique un peu inhabituel, puisqu'il est revenu de manière critique sur cet avenir fameux que nous promettent tant de technologues et que redoutent tant d'anti-technologues. Le chercheur qui a animé ce séminaire a fait peu de cas des projections en tous genres qui alimentent ce genre de débat polémique ; à juste titre d'ailleurs, puisque peu d'éléments viennent encore justifier ces prédictions, que rien pour le moment ne permet de véritablement  prédire de quoi notre humanité sera faite et ce qui pourra éventuellement la remettre en question dans les cinquante prochaines années...

Toujours est-il qu'à un moment de sa présentation, est apparue sur l'écran une image étonnante, qui rappellera quelque chose aux amateurs de la série anglaise Wallace & Gromit. Dans l'épisode auquel je fais référence, le célèbre inventeur se voit voler les plans d'une machine servant à tondre les moutons et confectionner automatiquement des pulls. Le voleur, qui n'est autre qu'un chien-robot, la transforme alors pour en faire une machine servant à utiliser tout ce qui peut éventuellement l'être sur un mouton, de la laine à la chair.



L'orateur a pris soin de prévenir son public du caractère potentiellement choquant du film. On le trouve en fait facilement sur internet. Et, avant de la regarder, il me semble nécessaire de rappeler le contexte qui l'a vu naître, du moins tel qu'il m'a été présenté lors de cette conférence. Il faut ainsi souligner que le pays où il a été tourné, la Nouvelle-Zélande, abrite plus de moutons que d'humains, et que la tonte régulière de ces charmantes petites bêtes donne régulièrement lieu à des blessures. L'idée a donc été de concevoir un dispositif qui permette de récupérer la laine sans blesser l'animal.

Rien n'est dit cependant de l'expérience vécue par le mouton en question. Rien ne laisse non plus présager qu'une machine de ce genre pourra être utilisée dans les salons de coiffure du futur. Je vous laisse donc seuls juges...



lundi 26 avril 2010

Withus Oragainstus





Si son nom est aujourd'hui bien connu, y compris dans le monde de l'art, personne ne sait qui est véritablement Banksy. Individu, collectif, le mystère concernant son identité reste entier...


La peinture de Banksy est née dans les rues de Bristol. C'est une peinture polémique qui s'inscrit dans la tradition du street-art, art interdit, art de résistance. Elle s'est aujourd'hui emparée des murs de nombreuses grandes métropoles, mais le travail de l'artiste ne s'arrête pas à la peinture. Banksy est également l'auteur d'actions, dont certaines consistent à inclure des objets dans les collections de grands musées.

Au printemps 2005, Banksy ajoute dans une salle consacrée à la biodiversité du Museum d'Histoire Naturelle de New-York, un insecte bien étrange, un coléoptère de l'US Air Force équipé de quatre missiles. Il reste exposé 12 jours avant d'être découvert et retiré de la collection...

Banksy explore à nouveau les liens du vivant et de la mécanique à l'automne 2008. Il présente au public new-yorkais une "animalerie-grill". On peut y regarder une caméra nourrir ses petits, des beignets de poulet qui se nourrissent de sauce barbecue, des poissons panés nageant dans un bocal.


Ces animats d'un genre très particulier sont tout le contraire de ce qu'ils devraient être. Là où, d'ordinaire, ils forment de savantes architectures qui permettent de rendre compte de certaines propriétés du vivant, les animatroniques de Banksy offrent des vues sur le rapport (et la transformation réciproque) entre les icônes et leur (re)production industrielle.

Pour aller plus loin :
Livre : Banksy, 2005, Wall and Piece, Londres, Century - Sur Amazon.fr
Film : Banksy's Exit Through The Gift Shop - Extrait sur Youtube
Newscientist : Cyborg Insects - Sur Youtube

vendredi 23 avril 2010

Robot K-456



Vers le milieu des années 1960, l'artiste Nam June Paik a conçu avec l'ingénieur Shuya Abe, un robot humanoïde qu'il a baptisé Robot K-456, en référence au concerto pour piano en si bémol majeur de Wolfgang A. Mozart. Cette curieuse machine, à l'aspect extrêmement rudimentaire a peu à voir avec celles qui sont produites aujourd'hui dans le champ de la robotique.

Nam June Paik a d'abord l'ambition de créer le premier performer artificiel. Et c'est d'abord sous cet angle que la machine se donne à voir en public. L'objet est télé-opéré, il déambule parmi l'audience, le haut-parleur placé à hauteur de sa bouche diffuse le discours d'investiture de J.F.K, et il sème de petits grains derrière lui, qui sortent du bas de son dos.

Le robot de Paik montre en fait le regard amusé et plein d'ironie que l'artiste pose sur la société américaine de cette époque. Il faut souligner que ce contexte, aux États-Unis mais également en Europe, est celui d'une sorte de retour vers le rêve des modernes. Les expositions de Seatle en 1962 et de New-York en 1964, les visions futuristes conjointes de Monsanto et de Walt Disney dès le milieu des années 1950, la course à la lune, les premiers développements de l'informatique et de l'intelligence artificielle, la démocratisation de la télévision, les folles prédictions des grands noms de l'industrie automobile quand à l'avenir des modes de transport, la banalisation nucléaire, de la société des loisirs, etc., tournent les regards vers un avenir dont tout le monde sait qu'il sera hautement technologique.


L'avenir que réserve Paik à son incontinente machine (qui n'est pas de ce point de vue sans rappeler le canard digérateur construit par l'ingénieur Jacques Vaucanson environ deux siècles plus tôt), n'est pas aussi radieux que celui qu'ont imaginé pour nous les grandes figures du futurisme libéral des années 1950-1960. Et Robot K-456 s'est vu rattrapé par la crise. Paik en a révéla ainsi la fragilité.

Lors d'une retrospective que le Whitney Museum de New-York lui consacra en 1982, Paik mit en scène la fin de son objet ; "Première catastrophe du XXIème siècle". Il téléguida le robot sur le trottoir, puis lui fit traverser la route. Une voiture percuta l'objet, et on l'exposa ainsi. À la fois trophé de chasse et objet d'une civilisation perdue, le robot suscita ce commentaire de Paik : "Maintenant, mon robot... généralement on raconte que les robots sont faits pour prendre le travail des gens... mais mon robot existe pour accroître ce travail parce que nous avons besoin de cinq personnes pour le faire bouger pendant dix minutes, vous voyez. Ha ha". La machine fait désormais partie d'une collection privée.

Pour aller plus loin :