Social Anthropology - Robots, AI & Society

lundi 21 mars 2011

Séminaire Arts robotiques (Artmap) - 23 mars 2011



Séminaire Cognition et Création : les Arts Robotiques 
Séance du 23 mars 2011 - 16h30 à 18h30 
Musée du Quai Branly, salle 2 
Organisé par Denis Vidal, directeur de recherche à l'IRD 
Emmanuel Grimaud, chargé de recherche au CNRS 
Joffrey Becker, doctorant à l'EHESS 


Arts vivants, interactivité et nouvelles technologies - Thierry Coduys 


Artiste polyvalent, musicien, spécialiste des technologies numériques, Thierry Coduys se spécialise dans des projets liant l’interactivité et le Multi-Art. Depuis 1986, il collabore étroitement avec des compositeurs, il réalise de nombreuses créations et concerts avec l’avant-garde de la musique contemporaine (Karlheinz Stockhausen, Steve Reich...) où il élabore des dispositifs électroacoustiques et informatiques. Après un passage de quelques années à l’IRCAM, il devient l’assistant de Luciano Berio. Ces différentes expériences le conduisent en 1999 à fonder La kitchen, plate-forme technologique, afin de proposer aux créateurs un lieu de recherche et de création artistique où la technologie et la recherche sont pensées et intégrées comme un unique paradigme. Lieu ouvert à tous les artistes, La kitchen s’est investie dans tous les champs de la création (la musique, la danse, le théâtre, la vidéo, les arts plastiques, le réseau). Fort de cette expérience, il entame en 2007 avec Le Hub une activité indépendante pour poursuivre ses travaux sous un format nouveau, flexible et ouvert. Le Hub est aussi bien un centre de réflexion et d’activité que le moyen d’un réseau étendu regroupant tous les secteurs de la création contemporaine (http://www.le-hub.org).

samedi 5 mars 2011

Séminaire Arts Robotiques (Artmap) - 9 mars 2011



Séminaire Cognition et Création - Les Arts Robotiques
Séance du 9 mars 2011
16h30 - 18h30
Musée du Quai Branly, Salle 2
Organisé par Denis Vidal, directeur de recherche à l'IRD
Emmanuel Grimaud, chargé de recherche au CNRS
Joffrey Becker, doctorant à l'EHESS


Electric Circus - Fred Abels
Le séminaire Arts Robotiques reçoit Fred Abels pour sa séance du 9 mars 2011. Collaborateur de la marionettiste Mirjam Langemeijer au sein d'Electric Circus, Fred Abels conçoit des robots sortant de l'ordinaire et les utilise lors de performances, dans la rue. Ces robots sont commandés à courte distance, et peuvent donc donner l'illusion qu'ils réagissent à ce que font les spectateurs. Electric Circus utilise actuellement deux robots : Dirk et Mono.

vendredi 25 février 2011

Appel à candidatures - Master d’expérimentation arts et politique (SPEAP)


Appel à candidatures
Master d’expérimentation arts et politique (SPEAP)
Date limite de candidature : 5 avril 2011

Fondé par Bruno Latour à Sciences Po, le master d’expérimentation arts et politique est un programme innovant et pluridisciplinaire qui associe les sciences sociales, les arts et le politique.

L'objectif est d’offrir aux élèves qui suivront ce master une formation d’excellence en sciences sociales et en arts, grâce à des interventions de spécialistes de renommé internationale. En outre, ces élèves seront amenés à confronter leurs méthodes, leurs outils, et leurs cadres de pensée en travaillant par groupe sur des projets relevant d’enjeux réels.

La pédagogie repose sur les notions clefs d’expérimentation et d’enquête, pour imaginer des dispositifs pragmatiques qui croisent les méthodes et les techniques des sciences sociales et des arts. Il s’agit d’explorer en commun, sur des problèmes pratiques, comment il est possible de créer un espace public et partageable sur des questions controversées.

A qui s’adresse cette formation ?
SPEAP est un master de la formation continue diplômante, destinée à de jeunes professionnels internationaux (à partir de deux années d’expérience). Il s’adresse à des universitaires, à des chercheurs en sciences sociales, à des artistes (au sens large, design et architecture inclus), et à des professionnels issus des milieux culturels et politiques.

Déroulement de la scolarité :
Le master d'expérimentation arts et politique se déroule sur une seule année universitaire, dans des espaces dédiés, situés au coeur de Paris et du campus de Sciences Po.

Le volume horaire sera réparti de manière très spécifique, ce qui le rendra compatible avec la poursuite d’une activité professionnelle. Les enseignements auront lieu, en moyenne, une journée complète par semaine et une semaine complète tous les deux mois. Les projets, ainsi que le travail personnel de lecture et de recherche, impliqueront également un investissement en temps conséquent.

Informations et candidatures : http://speap.sciences-po.fr
Contact : Emilie Hermant / 01 45 49 76 88 / emilie.hermant@sciences-po.fr

dimanche 12 décembre 2010

Animismes : Combien de personnes faut-il dans un Ara télérobotique pour en faire une machine perspectiviste ?



En 1996, l'artiste brésilien Eduardo Kac conçoit avec l'aide d'Ed Bennett un bien curieux dispositif qui trouvera place lors de l'exposition "Out of Bounds : New York by Eight Southeast Artists", organisée par Annette Carlozzi et Julia Fenton au Nexus Contemporary Art Center d'Atlanta dans le cadre de l'Olympic Arts Festival. Rara Avis consiste en un perroquet ara télérobotique dont la vision est contrôlée par les visiteurs à travers l'usage d'un casque de réalité virtuelle. L'artiste brésilien en donne la description suivante.

Portant un casque stéréoscopique, la spectatrice percevait la volière, et pouvait s'observer dans cette situation, du point de vue de l'ara. L'installation était constamment reliée à Internet. À travers le net, les participants à distance observaient la volière du point de vue de l'ara télérobotique, ils utilisaient leurs microphones pour déclencher le dispositif vocal de l'ara télérobotique, entendu dans la galerie. Le corps de l'ara télérobotique était investi en temps réel par les participants qui se trouvaient sur place et les participants via Internet du monde entier. Les sons contenus dans l'espace, mélange de voix humaines et de chants d'oiseaux, se propageaient jusqu'aux participants à distance, à travers Internet. 

Fondée sur l'idée d'une critique de la notion d'exotisme, l'installation pensée par Eduardo Kac met en scène la composition d'une multitude de participants dont l'expérience est résumée par l'alternance de formes de relations vis-à-vis d'un objet dont le comportement, aussi basique soit-il, forme un lien entre le local et le global, entre l'espace fermé de la cage et l'espace ouvert du web. Ce faisant, il compose également une image de la société humaine contenue dans l'enveloppe artificielle d'un animal, à la manière des cosmologies perspectivistes décrites par Viveiros de Castro.


En quoi consiste cette relation des existants au monde ? Pour Eduardo Viveiros de Castro, cette relation porte à penser la continuité de l'humanité au delà de la différence formelle qui sépare les existants peuplant le monde amazonien. Cette dernière peut-être perçue en fonction du point de vue, ou perspective, que ces existants adoptent du fait de leur condition d'existence. Les membres des sociétés animales, selon ce principe, percevraient le congénère comme un être humain ; telle serait, pour aller très vite, la vérité cosmologique de l'animisme.

Ce sur quoi pointe l'objet imaginé par Eduardo Kac, c'est la disposition à exister en tant qu'humain à travers la présence formelle d'un animal. Or cette présence est multiple. Elle agrège des fragments de présences distantes mises en réseau, et forme ainsi une image composite de la société humaine tout en permettant à celle-ci d'aller au-delà des frontières formelles de sa propre ontologie. À partir du point de vue de l'animal, cette société recomposée invite à observer les événements ayant lieu dans la galerie mais aussi à reconsidérer la place de l'observateur humain, dans l'espace de la galerie, comme une sorte d'étranger du dispositif ; une sorte d'humain objectisé par le regard du spectateur à travers le point de vue d'un perroquet robotique, mais également par celui de la spectatrice qui, elle, fait l'expérience "chamanique" d'une double transformation. Rara Avis participerait ainsi de l'idée d'un animisme pensé à partir des théories récentes construites à partir de l'ethnographie amazonienne.

Mais l'ironie dont Kac semble vouloir faire preuve ici, sa critique de la notion d'exotisme, touche peut-être également à un autre genre de problème. La robotique forme un domaine ordinaire pour la projection d'une croyance particulière, qui permet d'attribuer à un objet une certaine indépendance, une certaine autonomie comportementale dépassant celle pour laquelle il a d'abord été conçu. C'est pour parler de cette transition ontologique de l'objet qu'on use, un peu naïvement en robotique, de la notion d'animisme. Or cette notion renvoie à ce contre quoi s'établissent, dans l'anthropologie américaniste au moins, des perspectives nouvelles fondées non plus sur la croyance infantile en une indistinction de l'animé et de l'inanimé, mais sur la cosmologie, la capacité collective d'organiser le monde et de le rendre intelligible. C'est ainsi à partir de cette capacité d'organisation, cette technologie collective de l'environnement perceptible, que Kac pose finalement les bases de sa critique. Dans un environnement complexe, qui agrège les éléments symboliques d'un écosystème fondé certes sur la dépendance réciproque mais est finalement numérique et artificiel, peut se fonder un jeu ironique avec l'altérité, qui vaut pour la réalité qu'il désigne autant que pour la société qu'il cherche à recomposer ; l'altération comme modalité d'une critique de l'altérité.



Pour aller plus loin
Internet : Eduardo Kac, "L'art de la téléprésence et l'art transgénique", Actes du colloque Artmedia VIII : de l'Esthétique de la communication au Net, Paris, 2002
Articles et Livres : Eduardo Viveiros de Castro, "Les Pronoms Cosmologiques et le Perspectivisme Amérindien", in Eric Alliez (Ed),  Gilles Deleuze, Une vie Philosophique, Paris, Les empêcheurs de penser en rond, 1998
Eduardo Viveiros de Castro, "Exchanging Perspectives, The Transformation of Objects into Subjects in Amerindian Ontologies", in Anselm Franke (Ed), Animism, Berlin, Sternberg Press, 2010

mardi 7 décembre 2010

France Culture - Le champ des Possibles

Quels humanoïdes pour quels humains ? J'aurai le plaisir de participer à l'émission de Joseph Confavreux, Le Champ des Possibles, sur France Culture, ce vendredi 24 décembre à partir de 18h20, en compagnie d'Emmanuel Grimaud. L'émission abordera quelques-unes des nombreuses questions touchant aux robots humanoïdes.

samedi 20 novembre 2010

L'automate et ses secrets

Lorsqu'on aborde l'histoire de la robotique, on est bien souvent confronté à une même chronologie, teintée d'évolutionnisme culturel, qui dresse une sorte de généalogie des machines et de leurs concepteurs. Cette histoire, pour intéressante qu'elle puisse être, cherche généralement ses premiers principes dans la mythologie grecque et la Bible. Elle aborde ensuite les réalisations de Héron d'Alexandrie, celles des horlogers du Moyen-Âge, le naturalisme de la Renaissance, avant de se consacrer aux automates des XVIIIème et XIXème siècles, et enfin, à l'ébauche d'une robotique scientifique et à ses développements contemporains. Une histoire linéaire en somme, qui se développe sur le principe d'une progression constante des moyens et des idées dont l'issue est, paradoxalement, un retour vers le temps du mythe, à travers la création d'une créature vivante... 

Ce paradoxe n'en est en fait pas un. Et si l'on s'intéresse d'un peu plus près à certains éléments de l'histoire des automates, on constate rapidement qu'un des enjeux la traversant se fonde moins sur la création de la vie que sur l'apparence de cette création ; qu'en fait, cet art de l'imitation ferait d'abord naître la vie dans l'œil du spectateur. Souvenons-nous d'un épisode, généralement montré comme un exemple à ne pas suivre, dans cette longue histoire des créatures artificielles.

Lorsqu'on évoque aujourd'hui Wolfgang von Kempelen, une des premières choses qui vient en tête est son célèbre automate joueur d'échec. L'objet de von Kempelen passe pour un des plus grands canulars de l'histoire des automates, et il reste peu de choses des autres réalisations du mécanicien hongrois, malgré l'ingéniosité dont il lui a fallu faire preuve pour les concevoir. Le joueur d'échec, qui était en fait un objet animé par la main d'un homme, suffit à porter le discrédit sur l'ensemble du travail du mécanicien. On continue aujourd'hui à étudier la méthode utilisée par von Kempelen pour mettre en oeuvre son illusion, mais on s'est assez peu intéressé à ses effets, alors qu'ils constituent un cas exemplaire, quoiqu'un peu daté, d'interaction entre un humain et une machine au travers d'une expérience de type Wizard Of Oz. 



Si l'on s'intéresse à la correspondance échangée autour de cet objet, on voit qu'il provoque deux sortes de réactions. Une première porte à croire en la réalité de ce qui se passe ; que l'objet est réellement capable de jouer une partie contre les adversaires les plus qualifiés et qu'il réagit de manière appropriée, et parfois un peu excessive, en fonction de ce qui se passe dans le jeu. On reprochera d'ailleurs à son inventeur d'avoir conçu une machine diabolique. Certains se signeront en voyant l'objet s'animer et vaincre ses opposants. Une seconde réaction, plus éclairée, formule une série de questions sur l'astuce employée par von Kempelen pour faire bouger l'objet ; un secret dont le mécanicien admettra l'existence sans jamais, cependant, en révéler le contenu.

Les démonstrations du joueur d'échec se succèdent et laissent dans l'incertitude bon nombre de savants européens. Il faudra attendre la mort de son concepteur avant que le secret de son fonctionnement ne soit transmis, et que la déception ne prenne progressivement le relais de la curiosité. Le joueur d'échec, après avoir été vendu à un autre mécanicien, Johann Maelzel, et après avoir traversé l'atlantique avec lui, sera finalement relégué au rang d'objet de fête foraine, continuant ainsi à susciter un temps cette curiosité si caractéristique, mêlée de crainte et d'émerveillement, avant de disparaître. 

Pour aller plus loin :
Film : Le joueur d'échec de Raymond Bernard (1927) - Extrait sur Youtube
Livre : Jean Eugène Robert-Houdin, 1858, Confidences d'un prestidigitateur, une vie d'artiste

lundi 15 novembre 2010

Arts de la Guerre ?

Alfred Crimi illustre l'article Mechanical Brains, Life Magazine, 24 Jan. 1944, p. 66


En parcourant le numéro du 24 janvier 1944 du magazine Life, on peut facilement se rendre compte que l'esthétique futuriste participe de la médiatisation de l'effort de guerre américain. Y sont abordés, dans les images, les grands thèmes du manifeste de 1909, l'audace et le danger, le mouvement agressif, la glorification de la vitesse, du train, de l'industrie, du travail, du patriotisme, de la guerre. 


C'est notamment le cas avec ce dessin qu'Alfred Crimi consacre à la tourelle ventrale du bombardier B-17, conçue par la société Sperry pour laquelle il travaille alors. David Mindell note que le travail de Crimi consiste en une manière de confondre le corps humain et la machine par le biais de l'image. Dans ce travail, souligne-t-il, l'opérateur humain est cerné par la machine, il est intime avec elle, il devient la machine. 


On souligne souvent que l'usage de plus en plus récurrent de drones ou de robots télécommandés en tout genre annoncent la manière dont on fera la guerre demain. Or si l'on regarde d'un peu plus près l'imagerie de la seconde guerre mondiale, mais également les grandes innovations techniques qui accompagnent les premières minutes de la cybernétique, on comprend que cette guerre de robots et de cyborgs a en fait déjà eu lieu ; que cette forme de projection dans le futur serait donc aussi composée du souvenir de l'histoire tragique de la fusion du corps et de l'acier.


Scaphandre Carmagnolle
1882
Quoi de moins étonnant après tout. Voir en effet une quelconque nouveauté dans cette fusion résulterait d'une méprise quand à la longue histoire des relations des humains et des machines. Ce serait oublier, par exemple, comment le costume du scaphandrier a permis à l'humain d'étendre son domaine d'action au-delà des seuls lieux de son existence. 


Cette image de la fusion de l'humain à l'objet technique serait finalement celle de sa lutte sans merci contre les limites d'une condition. Cette lutte ferait de l'image futuriste de la fusion de la machine et du corps le moyen même de sa survie. Banale, cette image où l'humain dans la machine chercherait son égal, dans le surhomme ou dans les figures de sa fantaisie, comme l'a écrit Schlemmer.


Quel théâtre pourtant que celui-là ? Théâtre des limites ? Ontologique ? À trop considérer les prothèses techniques, on oublierait trop rapidement que les images de la survie sont également des mises en scène de la mort. À trop considérer la technique on oublierait le drame ; ce théâtre, malheureusement bien réel, dont les futuristes ont un temps oublié l'histoire.


Pour aller plus loin :
Livre: David Mindell, 2004, Between human and machine : feedback, control, and computing before cybernetics, John Hopkins University Press - sur Amazon.fr