Anthropologie du corps, des sciences et des techniques, des arts et de la mémoire

lundi 25 avril 2011

Séminaire Arts Robotiques (Artmap) - 27 avril 2011



Séminaire Cognition et Création : les Arts Robotiques 
Séance du 27 avril 2011 - 16h30 à 18h30 
Musée du Quai Branly, salle 2 
Organisé par Denis Vidal, directeur de recherche à l'IRD 
Emmanuel Grimaud, chargé de recherche au CNRS 
Joffrey Becker, doctorant à l'EHESS 

Portraits de robots - Patrick Tresset 

Why is it that the inexperienced person finds it so difficult to draw what they see so clearly, while an artist is able to do so often just with a few lines, in a few seconds ? How can an artist draw with an immediately recognisable style, in a particular manner ? And how, and why, can a few lines thrown spontaneously on paper be aesthetically pleasing ? A bold project using computational techniques to examine the activity of drawing - in particular sketching the human face - has been launched at Goldsmiths, University of London. The AIKON (Autonomous/Artistic/IKONograph) Project has received funding from the Leverhulme Trust to carry out work from 2009 until the end of 2011, and could eventually result in AIKON "learning" to draw in its own style. The project is being co-ordinated by Professor of Computing at Goldsmiths, Frederic Fol Leymarie and Patrick Tresset, a researcher and artist who has already carried out much work in the area upon which the AIKON Project will build. Artistic drawing has been practiced in every known civilisation for at least the last 30,000 years and sketching specifically has the particularity of showing the drawing process complete with its hesitations, errors and corrections. The area of research has been tackled by art historians, psychologists, neuroscientists - such as Arnheim, Fry, Gombrich, Leyton, Ramachandran, Ruskin, Willats and Zeki - who have argued that artists organise their perception of the world differently. The AIKON Project will follow two main research paths: one starts from the study of sketches in archives and notes left by artists and the other is based on contemporary scientific and technological knowledge.

mardi 12 avril 2011

Existe-t-il un art robotique ?

Une recherche des termes "art robotique" sur le web francophone permet de constater qu'ils renvoient d'abord à un ensemble de machines dont la vocation est de dessiner. On pense alors immédiatement aux automates Jaquet-Droz, et plus spécialement au dessinateur et à l'écrivain, qui dès la fin du XVIIIe siècle, remplissaient cette fonction. Ces machines s'intègrent en réalité dans un paysage plus vaste qu'il convient de prendre en considération.


L'art robotique peut, en effet, être pensé à travers une certaine diversité de pratiques, et l'on ne saurait le réduire à l'expression d'un seul geste du corps imité, aussi déterminant soit-il pour l'image que cet art tente de reproduire. Cependant, pour autant que ces pratiques dépassent une seule forme d'imitation du corps humain, on peut se demander s'il peut être aisé de les considérer comme les manifestations d'un seul genre ?


Dans un article écrit à la fin des années 1990, Eduardo Kac propose de définir l'art robotique selon trois axes : la téléprésence, la cybernétique et les créatures artificielles. Les travaux d'artistes comme Bill Vorn, Louis-Philippe Demers, Niki Passath, France Cadet, Stelarc, Marcel·lí Antúnez Roca, jusqu'à ceux d'Eduardo Kac lui-même, entrent bien dans les catégories établies par l'artiste brésilien pour définir un art proprement robotique. 


Néanmoins, on trouve aujourd'hui, dans le paysage très vaste des arts médias, interactifs, ou numériques, des objets qui, malgré l'air de famille qu'ils semblent partager, échappent à cette catégorisation ; incluant de nouvelles manières de faire travailler la relation cyclique entre senseurs et actionneurs si caractéristique de la robotique. Loin d'une seule relation entre une machine et une trace écrite, ou d'une relation, a priori plus complexe, entre une humanité imaginée et le statut d'une machine, l'art robotique se définirait d'abord, et paradoxalement, par son impossibilité même à se constituer en un domaine spécifique de l'art. 


Garnet Herz - Outrun
Ces dernières années, un certain nombre de travaux dépassent en effet un simple ancrage dans ce que serait la terminologie d'un art robotique selon Kac, pour s'orienter vers une utilisation toujours renouvelée (et souvent détournée) des technologies disponibles. Garnet Herz offre ainsi, avec Outrun, un curieux exemple du croisement entre réel et virtuel qui s'impose depuis quelques années à l'appui des travaux menés dans le domaine de la réalité augmentée. De son côté, Daniel Rozin et son miroir de bois, donne un aperçu de l'importance qu'a pris le traitement de l'image en robotique. Niklas Roy, quant à lui, renforce la dimension ludique de l'art en travaillant non seulement à partir de l'interaction, mais également à partir de l'espace robotisé ; un thème qui prend une place d'importance dans des recherches plus conventionnelles en robotique domestique et de service.





En réalité, la manière dont ces pratiques travaillent les sciences, par emprunts ponctuels à leurs méthodes, participerait non pas d'une dimension nouvelle de l'art, mais d'un espace intermédiaire, liminaire. En fait d'un art robotique, ces pratiques s'inscriraient dans l'espace de convergence entre les sciences et les arts ; un espace que bon nombre d'artistes et de scientifiques, contemporains ou non, ont eux-mêmes déjà investi. Il n'est finalement pas si étonnant que les machines à dessiner occupent une place importante dans la représentation d'un art qui se souhaite parfois robotique. Exemples classiques des liaisons entre arts et sciences telles qu'elles traversent l'histoire même de la modernité ; et qui trouvent, dans le geste de l'automate notamment, la possibilité d'une comparaison entre le corps et l'objet qui l'imite, ou dans la fiction de la reproduction de ce geste, des principes qui guident l'établissement d'une connaissance. Ces liens durables encouragent dès lors à moins considérer l'art robotique en tant que tel, que de s'intéresser de plus près aux passerelles entre la robotique, son esthétique et les pratiques artistiques contemporaines.


Pour aller plus loin
Livres : Frédérique Aït-Touati, Contes de la lune, Gallimard, 2011
Karl Gunnar Pontus Hulten,  The Machine : as seen at the end of the mechanical age, MOMA, 1968