Anthropologie du corps, des sciences et des techniques, des arts et de la mémoire

mercredi 21 décembre 2011

Appel à candidatures : Programme d'Expérimentation en Arts et Politique (SPEAP)



La crise de la représentation est fréquemment évoquée lorsqu’il s’agit de politique, alors même qu’elle est générale et planétaire, qu’elle concerne aussi les domaines scientifiques – les chercheurs peinant à renouveler leurs problématiques et leurs méthodes – et qu’elle prolonge celle qui agite, depuis maintenant deux siècles, les mondes de l’art, en quête de pertinence politique et de liens renouvelés avec les sciences sociales.
Nos difficultés à représenter ce que nous sommes et ce que nous allons devenir, mais aussi l’urgence à y parvenir, sont particulièrement mises en lumière par la crise écologique. Les controverses sur les causes et la durabilité du changement climatique, et donc sur la nécessité d’opérer ou non une transformation de notre mode de vie, sont notamment induites par la multiplicité des lectures existantes (politique, économique, sociale, etc.), abusivement cloisonnées. La prise de décisions butte ainsi sur notre incapacité collective à représenter les enjeux d’une façon à la fois exacte, sensible, sensée et partagée. 
Si nous voulons apporter une réponse à cette triple crise de la représentation, être à la hauteur des enjeux actuels, parvenir à composer un monde commun et relancer ce qui fut toujours la grande ambition de la politique – créer un espace public vivable et partageable -, nous devons davantage collaborer, apprendre des uns et des autres et avancer ensemble.
D’où le projet de créer à Sciences Po une formation originale et unique à ce jour renouant les liens entre les disciplines. Nous voulons inventer une nouvelle façon de travailler dans laquelle les pratiques artistiques jouent, au même titre que les méthodes scientifiques, un rôle essentiel dans l’analyse conjointe d’un problème de société, avec, en ligne de mire, un objectif : la prise d’une décision politique.
SPEAP entend ainsi contribuer au débat public et à la recherche sur les modes de représentation des enjeux contemporains les plus vifs et, par là, à la reprise de la grande question politique : Dans quel monde souhaitons-nous vivre ? Quelle version du mondial et du global est préférable ? Comment représenter et simuler ces différentes alternatives ?

Nous faisons également le pari que faire travailler ensemble des artistes et des chercheurs, pendant un an, autour de projets concrets et réels, en contact permanent avec ce qui se fait de mieux dans le monde dans ces domaines, ne peut que favoriser des carrières d’excellence.  Telle est la double ambition de SPEAP. 

Bruno Latour
Directeur de SPEAP (Sciences Po – Expérimentation en Arts et Politique)
Directeur adjoint de Sciences Po, chargé de la politique scientifique.



EXERCICE IMPOSE CANDIDATURES 2012 :

Nature : acteur ou décor ? Quelles conséquences sur vos pratiques.

Nature : actor or backdrop ? Which consequences in your practices.



CALENDRIER
fin novembre 2011 : ouverture de l’appel à candidature
5 avril 2012 : date limite pour la validation des dossiers en ligne

2 mai 2012 : résultat de l’admissibilité.

Mai-juin 2012 : entretiens.
15 juin 2012 : communication des résultats.

Télécharger le Manifeste compositionniste

CYSP-1

CYSP 1. dansant, 1956
"Intégrer la vie à la matière", c'est en ces termes que Jean-Louis Ferrier résume l'approche cybernétique de la sculpture spatiodynamique de Nicolas Schöffer. Conçu en collaboration avec la firme Philips (qui permettra également à Edward Ihnatowicz d'élaborer The Senster), le projet de Schöffer s'affirme comme une libération des contraintes de la sculpture. Il suit trois principes : 

La suppression des volumes opaques et l'utilisation exclusive de l'ossature apparente contrepointée par les rythmes des éléments plans, l'utilisation de la couleur et des sons extraits par percussion de la sculpture même, enregistrés et diffusés électroniquement, et finalement, le mouvement autonome, organique, disons même intelligent, grâce à la cybernétique, qui permet à la sculpture d'offrir aux spectateurs un spectacle toujours varié et différent réalisant dans un seul objet une synthèse totale entre la sculpture, la peinture, la chorégraphie, la musique et le cinéma. (source: http://www.olats.org/schoffer)

En 1956, CYSP-1, la première sculpture autonome comme le souligne Éléonore Schöffer, est intégrée au programme du Festival d'avant garde de Marseille. Sur le toit de la Cité Radieuse, elle évolue avec les danseuses du ballet de Maurice Béjart sur une musique de Pierre Schaeffer. L'œuvre est aujourd'hui remisée dans l'atelier de l'artiste et attend qu'un musée s'en porte acquéreur.



Pour aller plus loin :
Internet : http://www.olats.org/schoffer/cyspf.htm
Vidéo : http://www.ina.fr

jeudi 10 novembre 2011

À propos des erreurs survenant dans les instruments de mesure


“Comme on ne peut, dans la fabrication des instruments de mesure, atteindre la précision que l'on a à l'esprit, que ce soit en matière d'égalisation des surfaces ou de disposition des divisions et des trous aux endroits convenables, il est inévitable que des erreurs surviennent dans ces choses, de même que dans l'ajustage. Presque toute construction est sujette à des imprécisions, qu'elles soient apparentes ou cachées. Si l'instrument est en bois, il gauchit, surtout s'il se trouve à un endroit exposé au soleil et à l'humidité. Selon les connaissances théoriques l'expérience et le soin apportés dans le métier, les erreurs sont plus ou moins graves. À cela s'ajoute, chez l'observateur la pratique de l'ajustage, de la mesure, etc. Croire que n'importe qui est en mesure d'effectuer des mesures, sur simple commande, sans entraînement préalable, et que tous les instruments de mesure donnent des résultats corrects, c'est être dans l'erreur. Celui qui veut obtenir de tels résultats doit d'abord consacrer beaucoup de temps à connaître ces instruments et à s'exercer à mesurer, jusqu'à ce que les mesures qu'il effectuera soient enfin basées sur la connaissance de la précision de son instrument et sur son expérience de la mesure.”

Ibn Yünus (m. 1009) trad. Armand-Pierre Caussin de Perceval


Istanbul Museum of History of Science and Technology in Islam
Has Ahırlar Binaları Gülhane Parkı Sirkeci/Eminönü Istanbul/Türkiye

vendredi 7 octobre 2011

Machines cosmologiques ?

De l'horloge de Giovanni de' Dondi au tore robotique de Julius von Bismarck




On sait combien l'imitation de la nature, à l'appui de l'automatisation, à été fondatrice du mouvement vers les sciences. Sans revenir jusqu'à l'histoire naturelle de Pline et au duel fameux remporté par Parrhasios, ni aux automatismes de l'antiquité dont la robotique aime à raconter l'histoire, il est nécessaire de noter que c'est au Moyen-Âge que se fondent les principes d'une mécanisation de l'univers prenant forme dans l'objet. On connait le vif intérêt des mécaniciens du Moyen et d'Extrême-Orient pour les automatismes hydrauliques de mesure du temps ou les calendriers mécaniques. En Europe occidentale, c'est au moment où l'univers s'invente comme une machine, qu'une révolution silencieuse s'engage. 

Jean Gimpel montre bien comment l'horloge astronomique conçue par Giovanni de' Dondi au XIVe siècle forme un modèle réduit du système pensé par Ptolémée. L'observation des mouvements célestes et des forces qui en fondent alors le mystère conduisent à l'élaboration de toute une série d'objets, dont certains reprennent la forme des processus qui ont été observés. C'est le cas pour l'horloge de Dondi, qui intègre des roues dentées ovales reproduisant les trajectoires décrites par la Lune et par Mercure, et qui prend en considération deux mouvements de la planète Saturne. L'horloge intègre et combine deux types de connaissance jusqu'alors bien distinctes, une pensée du temps et une pensée de l'espace. L'ambition de Dondi n'était pas seulement de concevoir un mécanisme d'une très grande précision. Cet automatisme devait également apporter la preuve de la constance du mouvement des planètes. L'objet suscite la fascination de ses contemporains et, jusqu'au XVIIIe siècle, de nombreux horlogers tenteront de percer le mystère de son fonctionnement. Il faut souligner que, au bas Moyen-Âge et à la Renaissance, les horloges mécaniques sont considérées comme des objets merveilleux, capables d'imiter le mouvement perpétuel des cieux et des créatures vivantes, et donc de constituer de véritables modèles de l'univers.

Johannes Kepler
Mysterium Cosmographicum
1596
Si l'horloge participe de l'élan vers une conception mécaniste de l'univers autant que du mouvement de curiosité fondateur des sciences modernes, l'intérêt pour la représentation artistique des théories cosmologiques semble en revanche s'être dissipé. À une époque où l'imitation de la nature dépendît surtout de l'intérêt des peintres pour la géométrie et la perspective, on pouvait facilement imaginer que les horloges pussent être d'abord pensées comme des représentations fidèles des théories développées par les astronomes. Mais à présent, la modélisation cosmologique moderne, en multipliant les hypothèses concernant la forme de l'univers, semble avoir considérablement compliqué la possibilité même de représenter la théorie.


Le travail de la forme de l'univers semble toutefois être au cœur du problème posé par l'artiste allemand Julius von Bismarck, et son Self Revolving Torus. Cette curieuse machine cherche en effet à illustrer l'hypothèse d'un univers fini dont la forme serait un tore. C'est d'abord vers un retour de la curiosité que semble s'orienter un tel projet. En effet, si la fascination pour les horloges astronomiques traduit une curiosité pour l'érudition elle-même, telle qu'elle s'organise alors à travers les collections des kunstkammers, un tel objet semble s'inscrire dans la perspective d'une nouvelle conjonction entre les sciences et les arts. Mais ce projet semble également retourner à la proposition fondatrice de l'analogie récursive formulée à travers les horloges astronomiques du Moyen-Âge et de la Renaissance, résumée par l'anthropologue Roy Wagner, et selon laquelle "les machines fonctionnent de la manière dont fonctionnerait la nature si elle était une machine".





Un tel objet expérimente en fait la relation de la forme et du sens. Mais traduit-il pour autant un mouvement fondateur d'une unité retrouvée de la nature et de la culture ? Horst Bredekamp souligne que les frontières entre l'art, la technologie et la science s'effacent progressivement, et d'une manière tout à fait comparable à ce qui formait jadis l'unité visuelle des kunstkammers. Les sociétés hautement technologiques d'aujourd'hui, écrit-il, font l'expérience d'une nouvelle révolution copernicienne, en ce qu'elles passent d'une domination du langage à une domination de l'image. En cela, on peut penser avec lui que les sciences ne peuvent aujourd'hui faire l'économie de l'histoire des arts.


Pour aller plus loin
Livre : Horst Bredekamp, The lure of antiquity and the cult of the machine, Princton, Markus Wiener Publishers, 1995
Internet : Julius von Bismarck

vendredi 3 juin 2011

Les Mardis de Courrier International - 7 juin 2011





Le film Plug and Pray de Jens Schanze, Grand Prix du festival Pariscience 2010, sera projeté dans le cadre des Mardis de Courrier International. La projection sera suivie d'un débat animé par la journaliste scientifique Virginie Lepetit, auquel je participerai en compagnie d'Alain Dutech. 

Les Mardis de Courrier International 
MK2 Quai de Seine - Le 7 juin à 20h30 
Entrée : 7,70 euros

samedi 14 mai 2011

Gradhiva - 13 - Pièges à voir, pièges à penser

Coordonné et présenté par Carlo Severi
Parution Mai 2011
http://gradhiva.revues.org/

« Ce dossier est consacré à une réflexion, entre anthropologues et historiens de l’art, sur le rôle de l’ambiguïté dans la représentation visuelle. Potentielle, double ou chimérique, l’image ambiguë a récemment suscité la réflexion, dans les deux disciplines, en termes nouveaux. Pour en rendre compte, nous avons réuni des recherches menées par des ethnologues et des réflexions suscitées par l’exposition Une image peut en cacher une autre, où le thème de l’ambiguïté de l’image était appréhendé du point de vue de l’histoire de l’art. 
En dialogue avec des historiens de l’art, des ethnologues interrogent, à partir d’autres horizons, la notion de chimère. Selon les différentes cultures, entre invisible et donné à voir, cette notion peut se décliner d’une autre manière que dans la tradition occidentale, se radicaliser, ou se démultiplier sur d’autres registres que la seule vision. 
C’est cette complexité de l’image ambiguë, et l’espace de recherche que cette complexité ouvre en anthropologie et en histoire de l’art, dont ce dossier de Gradhiva vise à témoigner. »

SOMMAIRE
Dossier : Pièges à voir, pièges à penser. Présences cachées dans l’image
L’espace chimérique. Perception et projection dans les actes de regard 
par Carlo Severi 
Le masque de l’animiste. Chimères et poupées russes en Amérique indigène 
par Carlos Fausto 
Le graphisme sur les corps amérindiens. Des chimères abstraites ? 
par Els Lagrou 
Flûtes des hommes, chants des femmes. Images et relations sonores chez les Kuikuro du Haut- Xingu 
par Bruna Franchetto et Tommaso Montagnani 
Récursions chimériques. De l’anthropomorphisme des robots autonomes à l’ambiguïté de l’image du corps humain 
par Joffrey Becker 
Jean-Hubert Martin et la pensée visuelle 
Entretien entre Jean-Hubert Martin, Carlo Severi et Julien Bonhomme 
Nubes cum figuris. L’interprétation des nuages comme paradigme moderne de la création et de la perception artistiques 
par Dario Gamboni
Etudes et essais
L’ethnographie comme chasse. Michel Leiris et les animaux de la mission Dakar-Djibouti 
par Julien Bondaz 
Les métamorphoses d’Omai 
par Giordana Charuty 
Images mémorables pour un texte immuable. Les catéchismes pictographiques testériens (Mexique, XVIe-XIXe siècles) 
par Bérénice Gaillemin

mercredi 4 mai 2011

Séminaire Arts Robotiques (Artmap) - 11 mai 2011



Séminaire Cognition et Création : les Arts Robotiques 
Séance du 11 mai 2011 - 16h30 à 18h30 
Musée du Quai Branly, salle 2 
Organisé par Denis Vidal, directeur de recherche à l'IRD 
Emmanuel Grimaud, chargé de recherche au CNRS 
Joffrey Becker, doctorant à l'EHESS 

De l'objet de laboratoire au sujet social - France Cadet

Scientifique détournée par l’appel de l’art, France Cadet, née en 1971, n’est pas la première excentrique à développer une certaine fascination pour la robotique. Son travail aborde régulièrement une réflexion sur les limites de la science, sur l’artificialisation de la vie et l’eugénisme, sur la relation, ambiguë, complexe, anthropomorphique, affective ou délétère qu’entretient l’homme avec l’animal, qu’il soit robotique ou de chair et de sang, mais également sur une étude comportementale humaine traitant de la sensualité et de leurs stéréotypes. Ses installations multimédia, souvent ironiques, ludiques et grinçantes, s’exposent sur la scène artistique nationale et internationale…

Son travail s’est vu récompensé par VIDA 6.0, un Concours International sur L’Art & la Vie Artificielle, aux Digita Awards 2004 à Tokyo, et a été acheté par le Musée de Badajoz en Espagne, le MEIAC.

Il a récemment été exposé à Paris à la galerie Numeriscausa et à Slick, mais également à la Galerie Roger Pailhas, à La Vilette, au Palais de Tokyo, à Lisbonne (galerie Quadrum), à Pittsburgh (Wood Street Gallery), en Espagne (MEIAC,  ARCO, Laboral centro de Arte de Gijon, Centro Andaluz de Arte Contemporáneo de Séville), au Brésil (Museu do Estado de Pernambuco de Recife, Emoção Artficial 3.0 à Sao Paulo), en Italie (Palazio delle Arti Napoli), en Autriche (Ars Electronica), en Corée, à Tokyo, à Shanghai… 

France Cadet mène par ailleurs des stages robotiques depuis plusieurs années maintenant et dirige l’atelier robotique de l’Ecole Supérieure d’Art d’Aix-en-Provence.

La plupart des pièces de France Cadet traitent de problèmes sérieux mais sur un ton plutôt ironique et ludique: des jouets rigolos, des jeux vidéo cocasses, des animaux de compagnie mignons, des machines attrayantes, des robots séduisants…  

Dans une grande partie de son travail elle utilise un robot chien du commerce sur lequel elle pratique des actes de chirurgie électroniques, elles les customise, les transforme et les reprogramme avec des comportements inhabituels. Ces nouvelles créatures étranges lui permettent d’incarner les interrogations et les peurs actuelles à propos des biotechnologies,  du droits des animaux, du danger du clonage, ou encore de l’eugénisme, et de faire une critique sociale à propos des questions éthiques et des conséquences possibles d’un futur dirigé par la technologie, à travers une caricature certes ironique mais basée sur des faits réels.


lundi 25 avril 2011

Séminaire Arts Robotiques (Artmap) - 27 avril 2011



Séminaire Cognition et Création : les Arts Robotiques 
Séance du 27 avril 2011 - 16h30 à 18h30 
Musée du Quai Branly, salle 2 
Organisé par Denis Vidal, directeur de recherche à l'IRD 
Emmanuel Grimaud, chargé de recherche au CNRS 
Joffrey Becker, doctorant à l'EHESS 

Portraits de robots - Patrick Tresset 

Why is it that the inexperienced person finds it so difficult to draw what they see so clearly, while an artist is able to do so often just with a few lines, in a few seconds ? How can an artist draw with an immediately recognisable style, in a particular manner ? And how, and why, can a few lines thrown spontaneously on paper be aesthetically pleasing ? A bold project using computational techniques to examine the activity of drawing - in particular sketching the human face - has been launched at Goldsmiths, University of London. The AIKON (Autonomous/Artistic/IKONograph) Project has received funding from the Leverhulme Trust to carry out work from 2009 until the end of 2011, and could eventually result in AIKON "learning" to draw in its own style. The project is being co-ordinated by Professor of Computing at Goldsmiths, Frederic Fol Leymarie and Patrick Tresset, a researcher and artist who has already carried out much work in the area upon which the AIKON Project will build. Artistic drawing has been practiced in every known civilisation for at least the last 30,000 years and sketching specifically has the particularity of showing the drawing process complete with its hesitations, errors and corrections. The area of research has been tackled by art historians, psychologists, neuroscientists - such as Arnheim, Fry, Gombrich, Leyton, Ramachandran, Ruskin, Willats and Zeki - who have argued that artists organise their perception of the world differently. The AIKON Project will follow two main research paths: one starts from the study of sketches in archives and notes left by artists and the other is based on contemporary scientific and technological knowledge.

mardi 12 avril 2011

Existe-t-il un art robotique ?

Une recherche des termes "art robotique" sur le web francophone permet de constater qu'ils renvoient d'abord à un ensemble de machines dont la vocation est de dessiner. On pense alors immédiatement aux automates Jaquet-Droz, et plus spécialement au dessinateur et à l'écrivain, qui dès la fin du XVIIIe siècle, remplissaient cette fonction. Ces machines s'intègrent en réalité dans un paysage plus vaste qu'il convient de prendre en considération.


L'art robotique peut, en effet, être pensé à travers une certaine diversité de pratiques, et l'on ne saurait le réduire à l'expression d'un seul geste du corps imité, aussi déterminant soit-il pour l'image que cet art tente de reproduire. Cependant, pour autant que ces pratiques dépassent une seule forme d'imitation du corps humain, on peut se demander s'il peut être aisé de les considérer comme les manifestations d'un seul genre ?


Dans un article écrit à la fin des années 1990, Eduardo Kac propose de définir l'art robotique selon trois axes : la téléprésence, la cybernétique et les créatures artificielles. Les travaux d'artistes comme Bill Vorn, Louis-Philippe Demers, Niki Passath, France Cadet, Stelarc, Marcel·lí Antúnez Roca, jusqu'à ceux d'Eduardo Kac lui-même, entrent bien dans les catégories établies par l'artiste brésilien pour définir un art proprement robotique. 


Néanmoins, on trouve aujourd'hui, dans le paysage très vaste des arts médias, interactifs, ou numériques, des objets qui, malgré l'air de famille qu'ils semblent partager, échappent à cette catégorisation ; incluant de nouvelles manières de faire travailler la relation cyclique entre senseurs et actionneurs si caractéristique de la robotique. Loin d'une seule relation entre une machine et une trace écrite, ou d'une relation, a priori plus complexe, entre une humanité imaginée et le statut d'une machine, l'art robotique se définirait d'abord, et paradoxalement, par son impossibilité même à se constituer en un domaine spécifique de l'art. 


Garnet Herz - Outrun
Ces dernières années, un certain nombre de travaux dépassent en effet un simple ancrage dans ce que serait la terminologie d'un art robotique selon Kac, pour s'orienter vers une utilisation toujours renouvelée (et souvent détournée) des technologies disponibles. Garnet Herz offre ainsi, avec Outrun, un curieux exemple du croisement entre réel et virtuel qui s'impose depuis quelques années à l'appui des travaux menés dans le domaine de la réalité augmentée. De son côté, Daniel Rozin et son miroir de bois, donne un aperçu de l'importance qu'a pris le traitement de l'image en robotique. Niklas Roy, quant à lui, renforce la dimension ludique de l'art en travaillant non seulement à partir de l'interaction, mais également à partir de l'espace robotisé ; un thème qui prend une place d'importance dans des recherches plus conventionnelles en robotique domestique et de service.





En réalité, la manière dont ces pratiques travaillent les sciences, par emprunts ponctuels à leurs méthodes, participerait non pas d'une dimension nouvelle de l'art, mais d'un espace intermédiaire, liminaire. En fait d'un art robotique, ces pratiques s'inscriraient dans l'espace de convergence entre les sciences et les arts ; un espace que bon nombre d'artistes et de scientifiques, contemporains ou non, ont eux-mêmes déjà investi. Il n'est finalement pas si étonnant que les machines à dessiner occupent une place importante dans la représentation d'un art qui se souhaite parfois robotique. Exemples classiques des liaisons entre arts et sciences telles qu'elles traversent l'histoire même de la modernité ; et qui trouvent, dans le geste de l'automate notamment, la possibilité d'une comparaison entre le corps et l'objet qui l'imite, ou dans la fiction de la reproduction de ce geste, des principes qui guident l'établissement d'une connaissance. Ces liens durables encouragent dès lors à moins considérer l'art robotique en tant que tel, que de s'intéresser de plus près aux passerelles entre la robotique, son esthétique et les pratiques artistiques contemporaines.


Pour aller plus loin
Livres : Frédérique Aït-Touati, Contes de la lune, Gallimard, 2011
Karl Gunnar Pontus Hulten,  The Machine : as seen at the end of the mechanical age, MOMA, 1968

lundi 21 mars 2011

Séminaire Arts robotiques (Artmap) - 23 mars 2011



Séminaire Cognition et Création : les Arts Robotiques 
Séance du 23 mars 2011 - 16h30 à 18h30 
Musée du Quai Branly, salle 2 
Organisé par Denis Vidal, directeur de recherche à l'IRD 
Emmanuel Grimaud, chargé de recherche au CNRS 
Joffrey Becker, doctorant à l'EHESS 


Arts vivants, interactivité et nouvelles technologies - Thierry Coduys 


Artiste polyvalent, musicien, spécialiste des technologies numériques, Thierry Coduys se spécialise dans des projets liant l’interactivité et le Multi-Art. Depuis 1986, il collabore étroitement avec des compositeurs, il réalise de nombreuses créations et concerts avec l’avant-garde de la musique contemporaine (Karlheinz Stockhausen, Steve Reich...) où il élabore des dispositifs électroacoustiques et informatiques. Après un passage de quelques années à l’IRCAM, il devient l’assistant de Luciano Berio. Ces différentes expériences le conduisent en 1999 à fonder La kitchen, plate-forme technologique, afin de proposer aux créateurs un lieu de recherche et de création artistique où la technologie et la recherche sont pensées et intégrées comme un unique paradigme. Lieu ouvert à tous les artistes, La kitchen s’est investie dans tous les champs de la création (la musique, la danse, le théâtre, la vidéo, les arts plastiques, le réseau). Fort de cette expérience, il entame en 2007 avec Le Hub une activité indépendante pour poursuivre ses travaux sous un format nouveau, flexible et ouvert. Le Hub est aussi bien un centre de réflexion et d’activité que le moyen d’un réseau étendu regroupant tous les secteurs de la création contemporaine (http://www.le-hub.org).

samedi 5 mars 2011

Séminaire Arts Robotiques (Artmap) - 9 mars 2011



Séminaire Cognition et Création - Les Arts Robotiques
Séance du 9 mars 2011
16h30 - 18h30
Musée du Quai Branly, Salle 2
Organisé par Denis Vidal, directeur de recherche à l'IRD
Emmanuel Grimaud, chargé de recherche au CNRS
Joffrey Becker, doctorant à l'EHESS


Electric Circus - Fred Abels
Le séminaire Arts Robotiques reçoit Fred Abels pour sa séance du 9 mars 2011. Collaborateur de la marionettiste Mirjam Langemeijer au sein d'Electric Circus, Fred Abels conçoit des robots sortant de l'ordinaire et les utilise lors de performances, dans la rue. Ces robots sont commandés à courte distance, et peuvent donc donner l'illusion qu'ils réagissent à ce que font les spectateurs. Electric Circus utilise actuellement deux robots : Dirk et Mono.

vendredi 25 février 2011

Appel à candidatures - Master d’expérimentation arts et politique (SPEAP)


Appel à candidatures
Master d’expérimentation arts et politique (SPEAP)
Date limite de candidature : 5 avril 2011

Fondé par Bruno Latour à Sciences Po, le master d’expérimentation arts et politique est un programme innovant et pluridisciplinaire qui associe les sciences sociales, les arts et le politique.

L'objectif est d’offrir aux élèves qui suivront ce master une formation d’excellence en sciences sociales et en arts, grâce à des interventions de spécialistes de renommé internationale. En outre, ces élèves seront amenés à confronter leurs méthodes, leurs outils, et leurs cadres de pensée en travaillant par groupe sur des projets relevant d’enjeux réels.

La pédagogie repose sur les notions clefs d’expérimentation et d’enquête, pour imaginer des dispositifs pragmatiques qui croisent les méthodes et les techniques des sciences sociales et des arts. Il s’agit d’explorer en commun, sur des problèmes pratiques, comment il est possible de créer un espace public et partageable sur des questions controversées.

A qui s’adresse cette formation ?
SPEAP est un master de la formation continue diplômante, destinée à de jeunes professionnels internationaux (à partir de deux années d’expérience). Il s’adresse à des universitaires, à des chercheurs en sciences sociales, à des artistes (au sens large, design et architecture inclus), et à des professionnels issus des milieux culturels et politiques.

Déroulement de la scolarité :
Le master d'expérimentation arts et politique se déroule sur une seule année universitaire, dans des espaces dédiés, situés au coeur de Paris et du campus de Sciences Po.

Le volume horaire sera réparti de manière très spécifique, ce qui le rendra compatible avec la poursuite d’une activité professionnelle. Les enseignements auront lieu, en moyenne, une journée complète par semaine et une semaine complète tous les deux mois. Les projets, ainsi que le travail personnel de lecture et de recherche, impliqueront également un investissement en temps conséquent.

Informations et candidatures : http://speap.sciences-po.fr
Contact : Emilie Hermant / 01 45 49 76 88 / emilie.hermant@sciences-po.fr